Actualité Stéréotypes

L’écriture inclusive : une évolution qui dérange les normes patriarcales

 

L’expression « le masculin l’emporte toujours » est menacée, depuis quelques temps, par une proposition d’évolution de la langue française pas toujours vue d’un très bon œil : l’écriture inclusive. De plus en plus usitée dans les milieux féministes, voire dans d’autres cercles (l’UCL vient, par exemple, de la généraliser officiellement), elle vient de faire l’actualité en France suite à la décision des Éditions Hatier de l’employer dans l’un de ses manuels scolaires à destination d’élèves de huit ans.

Tollé dans les chaumières, à l’Académie française, chez les philosophes de la décence et du bon goût (Finkielkraut, Enthoven) et, bien sûr, sur les réseaux sociaux. Les féministes n’ont-elles pas mieux à faire que s’attaquer à notre belle langue si riche ? Ne pense-t-on donc pas à nos enfants, qui peinent déjà dans leur apprentissage scolaire ? Et puis surtout, à quoi ressemblerait les chefs-d’œuvre de Baudelaire ou de Victor Hugo, défigurés par une telle infamie ? Juste ciel, nous sommes foutus, c’est la décadence de notre civilisation.

« L’écriture inclusive désigne l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes »[1]. Il s’agit, entre autres, d’accorder les noms de fonction ou de métier selon le genre (une directrice, une professeure…), mais aussi d’utiliser à la fois du masculin et du féminin : par exemple, « ils et elles font », « les actrices et les acteurs jouent la comédie », etc.

Sur ce point, la proposition la plus polémique est l’utilisation du « point milieu » pour garantir cette représentation égale sans multiplier les mots : « chacun·e », « tou·te·s », « les professeur·e·s » ou encore « les acteur·trice·s ». Un style nouveau qui bouscule nos habitudes et pose a priori des questions tout à fait légitimes sur la lisibilité et la complexité du langage.

 

Cependant, il est amusant de constater à quel point cette proposition d’évolution semble faire peur à ses détracteurs – qu’on les appelle réactionnaires, conservateurs, peu importe –, dont les arguments peinent souvent à tenir la distance.

Premièrement, il est évident que l’écriture inclusive implique un effort d’adaptation. Mais quand on sait le pouvoir du langage, le poids des stéréotypes et l’importance de la communication orale et écrite dans la société, n’est-ce pas un véritable réflexe « patriarcal » que de refuser de réaliser cet effort ? Les gens sont plus prompts à râler sur l’évolution de la langue que sur l’inégalité salariale, qu’ils jugent pourtant « plus importante » pour l’égalité des sexes. Agir sur la langue française est une modification profonde, destinée à influencer les mentalités et à diminuer les stéréotypes de genre. Bien entendu, cela demande moins d’effort d’applaudir l’Arabie Saoudite qui autorise les femmes à conduire une voiture – ça, c’est du féminisme !

Deuxièmement, vu les réactions des adultes, on se dit qu’il est plus prudent de commencer dès maintenant à apprendre l’écriture inclusive aux enfants, qui se familiariseront bien plus rapidement que leurs aînés à l’utilisation du point milieu. L’apprentissage de nouvelles règles dans la scolarité n’est forcément pas anodin mais les personnes hurlant à la complexité de cette forme d’écriture – pour les pauvres enfants qui ont déjà tant de difficultés à lire… – sont généralement les mêmes qui s’accrochent becs et ongles à des règles grammaticales et orthographiques sans queue ni tête[2]. Tiens, les « progressistes » proposeraient-ils autre chose que du nivellement par le bas ?

Troisièmement, les opposants montent au créneau en citant fièrement Baudelaire, Victor Hugo ou La Fontaine : avec l’écriture inclusive, ce serait tout bonnement illisible ! Pas faux. Néanmoins, on rappelle que Rabelais a écrit en ancien français, que Shakespeare a rédigé en anglais – du coup, on l’a traduit en français ! Quelle hérésie, non ? – et que les Saintes Écritures ont été écrites et réécrites, on ne sait pas tout à fait par qui et on ne sait pas tout à fait quand, en hébreu, en grec ou en latin. Les traductions ont toujours existé, les nouvelles éditions de textes anciens sont régulières et l’accès aux textes originaux reste tout aussi fondamental.

 

Dans le futur, Les Misérables pourrait potentiellement être réécrit pour correspondre à de nouveaux standards langagiers, et/ou figurer dans sa version originale…agrémentée d’explications sur ce drôle de style dans lequel « le masculin l’emporte ». Car oui, dans quelques décennies, les générations futures se demanderont peut-être pourquoi leurs ancêtres écrivaient surtout au masculin.

Et d’ailleurs, vous vous souvenez quand on payait encore en francs ? Le passage à l’euro a nécessité un temps d’adaptation, et deux prix se sont longtemps côtoyés sur les étiquettes. Certaines personnes opèrent encore la conversion dans leur tête et cela fait parfois sourire les jeunes générations. Comme quoi…[3]

 

[1] http://www.ecriture-inclusive.fr.

[2] Un dossier était consacré à l’orthographe dans le Moustique du 20 septembre 2017 (n° 4782). Michel Francard, linguiste à l’UCL, y tenait les propos suivants : « On peut aujourd’hui invoquer l’histoire de la langue pour garder des difficultés orthographiques, mais il faut le faire avec distance. Ces difficultés sont souvent le résultat de décisions assez élitistes et qui ont évolué. Toute l’histoire de l’orthographe est truffée d’erreurs ou de décisions arbitraires » (p. 23).

[3] Cette opinion s’adressant avant tout aux personnes sceptiques quant à l’écriture inclusive, les règles de cette dernière n’ont pas été d’application dans ce texte, afin de les ménager.

 

Baptiste Dethier

 

Uncategorized

Concertation citoyenne 15-16 décembre : Agir pour ne plus subir

Actualité Compte-rendu

« Le sexisme dans l’espace public », l’étude de Vie Féminine

 

Vie Féminine présentait ce mardi 26 septembre, à Charleroi, les résultats de son étude sur le sexisme dans l’espace public.

Le sexisme est évidemment travaillé régulièrement par Vie Féminine et un ras-le-bol s’est clairement manifesté – « le sexisme y’en a marre ! » –, suivi par une volonté d’action concrète. Un appel à témoignages a dès lors été lancé, de janvier à mars 2017, permettant de recueillir les réponses de 400 femmes de Wallonie et Bruxelles.

Le questionnaire a été diffusé en ligne mais aussi en version papier, grâce à un travail de terrain et de proximité des intervenantes de Vie Féminine. La version papier a ainsi été très prisée dans la région de Charleroi, notamment auprès d’un milieu plus précarisé.

Une majorité de répondantes se situe dans la tranche 18-35 ans.

 

Le sexisme dans l’espace public n’est pas qu’une question d’interactions uniques entre un auteur et une victime. C’est un ensemble de comportements et de stéréotypes s’intégrant dans une société patriarcale où règnent trop souvent les rapports de domination entre les sexes et l’ignorance volontaire du consentement.

Plusieurs femmes se lèvent tour à tour dans l’assemblée pour donner des extraits (parfois très glauques) des témoignages recueillis. On a beau savoir que cela existe, cela fait toujours froid dans le dos.

 

Le premier chiffre dévoilé est sans appel : 98% des femmes interrogées déclarent avoir vécu des situations de sexisme dans l’espace public. Et il ne s’agit pas que d’évènements isolés, que d’une mauvaise expérience que l’on vit par hasard une fois dans une vie, car plus de la moitié d’entre elles considèrent que ces situations sont régulières !

C’est le constat majeur de l’étude, sur lequel il ne faut cesser d’insister : le sexisme est partout, tout le temps et sous toutes les formes. Le phénomène est classé en quatre catégories :

Cette étude, comme on le voit régulièrement sur Internet avec la multiplication de blogs spécifiques, met en lumière le besoin pour les femmes d’avoir un espace où en parler, où partager des expériences parfois très traumatisantes et être entendues. Les répondantes ont d’ailleurs été particulièrement loquaces, n’hésitant pas à déborder les cadres de réponse pour déposer ce qu’elles avaient dans la tête et sur le cœur.

Sexisme en rue ou dans les TEC : 67%.

Comment ces personnes se sont-elles principalement senties après avoir été victimes de ces situations de sexisme ?

Ces chiffres sont particulièrement interpellants dans la mesure où ils traduisent des conséquences à moyen voire à long terme. Il ne s’agit pas seulement d’un inconfort momentané mais de sentiments négatifs permanents qui nuisent au bien-être et peuvent entraîner un repli sur soi et des stratégies d’évitement.

 

74% des répondantes ont déclaré avoir parlé de l’agression vécue à une personne de leur entourage. C’est assez positif mais 26% de personnes qui gardent pour elles une expérience de ce type reste un pourcentage non négligeable. Ensuite, les réactions des personnes à qui ces femmes se sont confiées diffèrent : alors que 73% font preuve d’un soutien et/ou d’une colère partagée, 21% banalisent l’expérience vécue (« ce n’est pas si grave », « c’est passé, tu es vivante, n’y penses plus » et 6% vont jusqu’à une réaction de culpabilisation (« mais tu as vu comme tu étais habillée aussi ? », « tu l’as peut-être regardé d’une certaine façon, il a cru que… »).

Seulement 3% des répondantes sont allées plus loin en portant plainte, utilisant ainsi la loi de 2014 contre le sexisme dans l’espace public. 48% seulement ont déclaré connaître l’existence de cette loi. Selon Laetitia Genin, coordinatrice nationale de Vie Féminine, cette loi représente un signal fort, nécessaire mais insuffisant : il faudrait davantage informer de son existence, faciliter ses conditions de mise en application (accueil de la plainte, par exemple) et encourager plus vivement son utilisation.

 

Au-delà de l’objectivation bienvenue du phénomène, Vie Féminine insiste sur l’importance d’un véritable travail articulé, qui s’attarde à la fois sur l’éducation des filles et garçons, sur l’accueil et l’accompagnement respectueux des victimes, sur les outils juridiques favorables aux femmes et sur leur visibilité.

Le rapport complet sera disponible début octobre et Vie Féminine propose également de poursuivre le travail mené le 24/10, à Charleroi, avec un workshop sur le sexisme dans l’espace public.

 

Le public était présent en nombre dans la belle brasserie carolo de l’Eden. Outre le secteur associatif, on notait la présence de responsables politiques, de journalistes, de membres des secteurs de la police et de la justice, des participantes à l’enquête, des membres d’organisations syndicales, etc. Un beau succès, bien relayé dans les médias.

Nous avons comptabilisé 79 personnes présentes dans la salle, 65 femmes et 14 hommes. Fait amusant pour l’anecdote : sur les 17 interventions du public, 7 hommes ont pris la parole. Un pourcentage de présence de 17,7% pour ensuite passer à un taux de prise de parole de 41,2%. Un autre phénomène qui illustre toujours – sans juger aucunement la qualité de interventions de ces messieurs, que du contraire – une forme de déséquilibre au sein du débat public…

 

EDIT : l’étude finale est désormais publiée et disponible ici.

 

Baptiste Dethier

 

Uncategorized

Parlement de la FWB – #6 Commission Droits des femmes et égalité des chances

 

 

Séance du 18 juillet 2017

 

Compte-rendu intégral officiel à lire sur : http://www.pfwb.be/le-travail-du-parlement/agenda-des-activites-parlementaires/001565298

 

  1. Question d’Hélène Ryckmans (Ecolo) : « Moyens et impact de la base de données Expertalia de l’AJP »

 

Expertalia est la plateforme d’expert·e·s de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP), dont le financement par la FWB vient d’être porté à 60.000 € par an. Elle vise à promouvoir l’égalité et la diversité dans les médias en facilitant le lien entre journalistes et expert·e·s et en favorisant la diversité des sources. À ce moment, 356 expert·e·s et 180 journalistes sont inscrit·e·s avec une moyenne de 40 inscriptions par mois. Pouvons-nous augmenter ce rythme ? Comment évaluer ce dispositif ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

Différents relais sont prévus pour continuer à promouvoir la base de données Expertalia auprès des journalistes, expert·e·s et associations de terrain : l’AJP, l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur, un·e futur·e représentant·e de la RTBF et le ministère lui-même. Le dispositif n’existe que depuis 8 mois et n’a donc pas encore pu être évalué de manière approfondie. Une enquête auprès des utilisateurs et utilisatrices est cependant prévue.

 

Réaction d’Hélène Ryckmans (Ecolo) :

La députée se dit contente de ces informations et espère que la diffusion de ce dispositif continuera, notamment dans les universités et écoles de journalisme tant on sait l’importance des médias dans la reproduction des stéréotypes. Ce point devrait d’ailleurs se retrouver, à ses yeux, dans le prochain contrat de gestion de la RTBF. Elle espère également que l’on pourra, grâce à Expertalia, mieux coordonner les profils présents dans la base de données avec des évènements d’actualité (rentrée scolaire, événement sportif…).

 

Réaction de Christie Morreale (PS), présidente de séance :

« Je vous propose qu’à chaque fois qu’on retrouve un plateau de télévision typiquement masculin lors des débats dominicaux, on leur envoie les informations sur Expertalia ».

 

 

  1. Question d’Hélène Ryckmans (Ecolo) : « Parité femmes-hommes en politique »

 

Une carte blanche dans La Libre remettait récemment en cause la parité dans la constitution des listes électorales, que l’auteur qualifiait de « supercherie ». Pourtant, comme le rappelait le Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB), la parité est révélatrice du degré de démocratie d’un pays, permet la prise en compte du vécu et de la réalité des femmes, et « met en échec une « vision » masculine discriminante ».

Quel est le point de vue de la ministre sur cette carte blanche ? Quelles sont les avancées obtenues grâce aux systèmes de quotas ? Ces enjeux seront-ils, par exemple, pris en compte dans le nouveau cours de citoyenneté de l’enseignement secondaire ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

La ministre invite l’auteur de cette carte blanche à suivre le master interuniversitaire en études de genre.

Une analyse de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes a montré que l’introduction de la parité sur les listes électorales avait eu des effets importants sur la présence de femmes au sein des différents parlements. Depuis la mise en place de cette réglementation, les proportions d’élues et de députées atteignent globalement le seuil des 40%, ce qui fait de la Belgique l’un des pays les plus en vue en matière de représentation des femmes en politique.

« Au vu du succès de l’application de contraintes relatives à la présence des femmes sur les listes électorales, l’établissement de règles imposant aux partis de confier des responsabilités exécutives à des femmes lorsqu’ils participent à un gouvernement, est le prochain pas à franchir pour renforcer l’égalité des femmes et des hommes dans la prise de décision politique ».

Quant à la prise en compte de ceci au sein des cours de philosophie et de citoyenneté, « il est systématiquement prévu d’aborder les stéréotypes, préjugés et discriminations ».

 

 

  1. Question d’Yves Evrard (MR) : « Écarts salariaux entre filles et garçons dans les jobs étudiants »

 

Selon une étude de Randstad auprès de 1000 étudiants de plus de 15 ans, il apparaît que le salaire horaire des garçons est de 11,10 €, contre 10 € pour les filles. La ministre confirme-t-elle ces chiffres ? Comment expliquer cet écart ? Quelles sont les actions possibles pour le réduire ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

L’écart salarial entre les hommes et les femmes, établi à 7,6% sur base horaire et toutes catégories de travailleu·r·se·s confondues. Le travail étudiant suit le même schéma. Les secteurs stéréotypés « féminins » sont moins favorables en termes de salaire et de conditions de travail, et ces filières sont moins valorisées. 17% des étudiantes travaillent comme caissières, contre 6% de garçons. Elles ne sont par ailleurs que 4% à travailler comme ouvrières de production ou magasinières, contre 17% des garçons.

Ce phénomène a régulièrement été évoqué dans cette commission et était le thème principal de la première année de travail d’Alter Égales qui, espère la ministre, donnera très prochainement ses fruits.

 

Parlement FWB Travail parlementaire

Parlement de la FWB – #5 Commission Droits des femmes et égalité des chances

 

 

Séance du 4 juillet 2017

 

Compte-rendu intégral officiel à lire sur :  http://www.pfwb.be/le-travail-du-parlement/agenda-des-activites-parlementaires/001563031

 

 

  1. Question d’Hélène Ryckmans (Ecolo) : « Convention d’Istanbul »

 

L’Union Européenne vient de signer la Convention d’Istanbul, outil législatif permettant de combattre la violence faite aux femmes. Son application doit toutefois faire l’objet de négociations qui s’annoncent difficiles en raison des réticences de pays comme la Pologne, la Hongrie et la Bulgarie. Quelles sont les démarches entreprises par la FWB ? La ministre a-t-elle pu en discuter avec son homologue fédérale [Zuhal Démir, NV-A] ? « Il ne suffit pas de signer la convention afin qu’elle devienne réalité ».

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

La Ministre se réjouit de cette signature, qu’elle considère comme un message politique fort, même si les négociations s’annoncent effectivement tendues. Seuls 14 des 28 pays de l’Union ont actuellement ratifié la convention. Un contact a été pris par le ministère auprès du représentant belge au sein du groupe de travail « Droits fondamentaux et mobilité personnelle » du Conseil de l’UE pour réfléchir à la meilleure manière d’appliquer une adhésion la plus large possible.

L’UE n’a d’ailleurs pas attendu la signature de la convention pour agir sur le terrain, par exemple via l’Agence des droits fondamentaux, Eurostat ou le programme « Daphné ».

 

Réaction d’Hélène Ryckmans (Ecolo) :

  • « […] vous ne me répondez pas sur les contacts avec la ministre fédérale chargée de l’égalité de genre.
  • Ce n’est pas pas par distraction…
  • Je m’en doute. J’espère qu’un ministère des Droits des femmes subsistera en Fédération Wallonie-Bruxelles. »

 

 

  1. Question de Jean-Marc Dupont (PS) : « Promotion des métiers informatiques auprès des femmes »

 

Dans les sections informatiques, on rencontre environ une étudiante pour huit étudiants. C’est inquiétant, d’autant que ces filières sont porteuses d’emploi. Un guide visant à assurer plus de mixité dans les métiers de l’informatique a été édité par la ministre. En quoi consiste-t-il ? À qui sera-t-il distribué ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

L’association Interface3 de Namur a reçu un soutien dans le cadre de l’appel à projets « Alter Égales » de 2016. Le projet s’est formalisé en un carnet visant à sensibiliser sur les stéréotypes de genre dans les métiers de l’informatique. 5000 exemplaires ont été édités : 1000 carnet sont été envoyés aux écoles secondaires de la FWB et 1500 ont été envoyés ou demandés parmi les opérateurs de l’insertion professionnelle et du secteur de la jeunesse. Des affiches sont également disponibles.

D’autres projets similaires sont soutenus, comme l’opération « Girls’ Day, Boys’ Day » qui encourage les jeunes à choisir un métier en s’affranchissant des préjugés ou encore la collaboration avec l’entreprise bruxelloise Engie Cofely. Au départ d’une pénurie parmi les agents de maintenance, un travail a été mené pour former des femmes et leur faire signer un contrat dans l’entreprise. Douze étudiantes ont ainsi pu accéder à l’emploi et à un métier en pénurie tout en combattant les clichés qui collent aux métiers techniques. De nouvelles expériences similaires devraient voir le jour.

En collaboration avec le ministre de l’Enseignement supérieur, un « Comité Femmes et Sciences » a également été institué par décret en tant qu’organe consultatif sur la question du genre dans les carrières scientifiques et académiques.

 

 

  1. Question de Laetitia Brogniez (MR) : « Rapport d’évaluation du décret visant à promouvoir une représentation équilibrée entre les hommes et les femmes dans les organes consultatifs »

 

Selon ce décret, visant à instaurer un minimum de 35% de femmes ou d’hommes dans les organes consultatifs, un rapport d’évaluation doit être réalisé tous les cinq ans. Que ressort-il de l’enquête auprès de ces organes ? Le groupe MR souhaite vivement que le rapport soit porté à la connaissance du Parlement pour analyse.

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

Le rapport d’évaluation contiendra des informations quantitatives, une analyse de l’évolution de la représentation des femmes dans ces organes, une analyse des dérogations et procédures, des actions de sensibilisation, ainsi qu’une analyse qualitative des attitudes et représentations des membres des organes consultatifs. Un formulaire d’enquête a été envoyé le 30 mai aux 191 organes concernés.

Le rapport devrait être transmis au gouvernement en octobre 2017.

 

 

  1. Question d’Hélène Ryckmans (Ecolo) : « Sexisme et racisme à l’IHECS »

 

Ce type de sujet revient malheureusement à chaque séance de commission. Cela concerne cette fois les propos tenus par un enseignant à l’IHECS, lors d’un cours sur le corps et la musique, et surtout les insultes à caractères raciste et sexiste qu’ont subi les étudiants qui s’étaient indignés de ces propos. La réaction de la direction était interpellante car très peu engagée. L’IHECS est une école de journalisme et tient, de ce fait, un rôle important à jouer dans la déconstruction des stéréotypes. Plus largement, ce genre d’affaire doit pousser à former enseignants et étudiants à repérer les stéréotypes de genre.

La ministre s’est-elle informée de la situation ? A-t-elle réagi d’une manière ou d’une autre ? « Je sais que vous n’avez pas dans vos compétences l’Enseignement supérieur. Mais je vous sens plus réactive sur ce genre de dossier que M. Marcourt. Je préfère donc m’adresser à vous pour connaître votre opinion sur le sujet et celle du gouvernement ».

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

Effectivement, cet enseignant a tenu un « discours sexiste et raciste aux relents colonialistes » en faisant état de « performances sexuelles des femmes rwandaises et congolaises en des termes crus, embarrassants et essentialisants ». Il est toutefois positif de constater que de nombreux étudiants ont condamné ces propos.

La lutte contre les stéréotypes et un combat permanent. L’organisation de la campagne organisée en février et mars derniers (dont le slogan était « Réduire une personne à une identité unique, c’est le début du racisme ») ou encore le rapport de Vie Féminine (dans le cadre du programme « Alter Égales ») sur la corrélation des logiques liées au racisme et au sexisme, s’insèrent dans ce travail éducatif de longue haleine.

 

 

Durée de la séance : 40min.

Uncategorized

Parlement de la FWB – #4 Commission Droits des femmes et égalité des chances

 

Séance du 06 juin 2017

 

Compte-rendu intégral officiel à lire sur : http://www.pfwb.be/le-travail-du-parlement/agenda-des-activites-parlementaires/001559695

 

  1. Question d’Yves Evrard (MR) : « Égalité des sexes dans les médias »

 

La VRT impose un quota d’hommes et de femmes dans leur contrat de gestion. La RTBF n’y est pas favorable et préfère miser sur la formation du personnel RH à l’égalité et à la diversité. Est-ce vraiment suffisant ? « Sans incitants, l’équilibre est rarement atteint. […] [Par ailleurs,] si la parité artificielle ne fonctionne pas toujours et si, en politique, il est extrêmement difficile de trouver des femmes motivées et désireuses de s’investir, les disparités actuelles sont injustifiées ». Quelle est la position de la ministre sur l’imposition de quotas ? Quelles sont les avancées de l’évolution de la plateforme Expertalia ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

De manière générale, les femmes sont sous-représentées dans les médias. Outre le financement et le suivi d’Expertalia, la ministre et son collègue Jean-Claude Marcourt soutiendront aussi une étude sur le « journalisme au féminin », afin de se pencher sur les obstacles rencontrés par les femmes journalistes et de développer des recommandations concrètes.

Concernant la présence des femmes à la RTBF radio, la ministre signale que La Première comptait, en avril 2017, 14 journalistes pour des émissions ou journaux parlés, sans oublier les chroniqueuses d’autres émissions. Sur Vivacité, on en dénombrait 13.

On ne recense pas d’études sur les préférences des auditeurs en matière de voix masculines et féminines, et la ministre considère cette dichotomie comme une construction intellectuelle.

« Enfin, sans être une partisane dogmatique des quotas, j’estime que cette stratégie a démontré son efficacité, tant dans le secteur privé que dans le secteur public, notamment en politique ».

 

 

  1. Question d’Yves Evrard (MR) : « Campagnes choc de sensibilisations »

 

Le Groupe d’Action qui dénonce le manque de places pour personnes handicapées de grande dépendance (GAMP) a développé des campagnes choc de sensibilisation, avec un ton souvent provocateur, afin de marquer les esprits et de provoquer une réflexion pour faire évoluer les mentalités. La FWB adopte souvent la même logique, comme par exemple avec la campagne « Fred et Marie » sur les violences dans le couple.

La provocation est-elle devenue obligatoire pour forcer à réfléchir ? Jusqu’où peut-on aller ? Est-ce efficace ? Le ministère a-t-il un droit de regard ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

« La sensibilisation et la prévention font partie intégrante de l’ADN de la Fédération Wallonie-Bruxelles ». Les campagnes menées au sein du ministère sont toujours suivies par un comité de pilotage et construites différemment, en fonction du thème, du public-cible, etc.

L’efficacité réelle est toujours difficile à démontrer. Nous tentons de prévoir un maximum d’indicateurs comme, par exemple, la fréquentation des sites Internet au encore le nombre d’appels supplémentaires sur la ligne d’écoute consacrées aux violences conjugales.

 

 

  1. Question de Laetitia Brogniez (MR) : « Mail sexiste envoyé aux étudiants et étudiantes de l’ULB concernant la cérémonie de remise des diplômes en médecine »

 

Le contenu de l’e-mail, émanant du secrétariat de la faculté, était le suivant : « D’un point de vue esthétique, il est préférable que les jeunes femmes revêtent une robe ou une jupe ainsi qu’un joli décolleté et les hommes, un costume. Bien entendu, Mesdames, cette consigne n’est pas obligatoire ! ». Le recteur de l’ULB a présenté des excuses peu convaincantes : elles se limitaient au seul e-mail alors que plusieurs étudiantes font état d’un problème de sexisme bien plus généralisé dans l’enseignement supérieur.

Quelle a été la réaction de la ministre à cette affaire ? Quelles mesures envisage-t-elle, avec le ministre Marcourt, pour tenter de remédier à ce problème ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

La ministre s’est déclarée choquée et consternée par le contenu de cet e-mail mettant en avant l’image trop bien connue de la femme-objet. Cependant, elle constate du positif que cet événement médiatique a provoqué des réactions : « ce type de message ne passe plus ». Ce n’est qu’une petite victoire mais cela démontre que les campagnes de sensibilisation successives portent leurs fruits.

La collaboration avec le ministre Marcourt va au-delà du sexisme ordinaire : ils collaborent sur le Comité « Femmes et sciences », le master en études de genre, la prostitution étudiante ou encore les étudiant-e-s transgenres.

 

 

  1. Question d’Yves Evrard (MR) : « Campagne gayfriendly menée en province du Luxembourg »

 

En 2013, la Belgique était classée comme l’un des pays les plus accueillants pour les personnes LGBT. L’année dernière, la campagne « Ma commune, une commune ouverte à tous, une commune gayfriendly » a été réalisée via une quinzaine de communes et plus de 430 commerces et services en province du Luxembourg. Ces lieux apposaient un autocollant sur la devanture pour signaler formellement qu’ils offraient la même qualité de service aux LGBT qu’aux hétérosexuel-le-s.

La ministre a-t-elle été sollicitée pour soutenir cette campagne ? Ce type de campagne est-il efficace ? N’en faisons-nous pas trop, de sorte à passer d’une sensibilisation à une stigmatisation ?

 

Réponse d’Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement de Promotion Sociale, de la Jeunesse, des Droits des Femmes et de l’Égalité des chances :

 

La FWB n’a pas été sollicitée pour cette campagne, soutenue financièrement par la province du Luxembourg ? Cette campagne était intéressante car elle visait un double public : les touristes à qui l’on offre l’image d’une région ouverte sur ces questions, mais aussi des personnes éprouvant potentiellement plus de difficultés, en milieu rural, à faire leur coming out.

« Je soutiens fortement les actions de ce type et suis convaincue qu’aider les LGBT à évoluer dans une société non discriminante constitue un atout pour l’exercice plein et complet de la démocratie. »

 

 

Actualité Compte-rendu

Compte-rendu: Journées d’étude de l’ACRF Femmes en Milieu Rural

Ces 11 et 12 septembre 2017, le mouvement ACRF Femmes en Milieu Rural se réunissait sur le thème : Droit dans le mur…à moins que ?

Pour Daisy Herman, secrétaire générale, ce titre peut paraître pessimiste mais c’est sa deuxième partie qui est à souligner, désignant une volonté optimiste de se questionner, de continuer à développer un esprit critique sur l’engagement à réaliser dans la société de 2017.

Les deux journées étaient divisées en quatre thèmes :

  • Belgique
  • Europe
  • Presse/médias
  • Education permanente

 

Nous n’avons pu assister qu’à la première matinée, structurée autour d’un exposé de Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège (d’ailleurs, ne dites plus « ULg », mais « ULiège » !) et fin connaisseur de la politique belge. Son intervention, intitulée « Belgique : quelle responsabilité pour le citoyen ? », a brossé pendant plus d’une heure, sans compter les échanges qui ont suivi, un panorama de notre système politique aux multiples facettes.

 

La place du citoyen dans la décision politique a beaucoup évolué depuis la création de la Belgique en 1830. Nous sommes passé·e·s d’un parlementarisme élitiste (seuls 2% de la population avaient accès au vote) à une démocratie de partis. Les partis représentaient les citoyen·ne·s (tou·te·s ont été progressivement inclus·es) et formaient de grands blocs. Depuis 20 à 30 ans environ, la démocratie de partis a fait place à une « démocratie du public ».

Autrement dit, il ne s’agit plus tant d’une question de programme mais plutôt de notoriété : les sondages ont pris une importance cruciale dans la politique, faisant et défaisant des coalitions, alimentant les stratégies ou encore offrant aux citoyen·ne·s, grâce aux médias, un aperçu des opinions de leurs semblables. Cela participe d’une individualisation de la société, tant dans son respect des opinions légitimes de chacun·e que dans le morcellement de la mobilisation citoyenne.

Le point d’orgue de l’exposé concernait les formes de participation citoyenne. Les citoyen·ne·s peuvent participer à la délibération (panels, comités de quartier…) et à la prise de décision (consultations populaires, référendums) mais ces deux formes n’offrent pas toujours suffisamment de satisfaction : ce sont toujours les mêmes qui participent, les choix de la population ne sont pas toujours suivis, etc.

Une voie alternative est visible dans le travail que mènent les associations et mouvements d’éducation permanente : s’informer, discuter, construire une opinion, poser un regard critique sur les intérêts en jeu, prendre parti dans les intérêts en jeu et enfin peser sur la décision. L’engagement associatif est parfois décourageant parce qu’il semble loin du pouvoir politique, de la prise de décision. L’intérêt du secteur associatif est donc de solidifier un collectif, de se rassembler pour construire une vision du monde, de la société, et de peser sur les personnes et les institutions qui détiennent les responsabilités politiques.

Il ne faut pas minimiser ce pouvoir d’influence. Les hommes et les femmes politiques sont à l’écoute des revendications des individus et des associations. Le message de Pierre Verjans est clair : « Nous aurons des élections en 2018 et 2019 : envoyez vos revendications ! Faites-le, ne vous dites pas que c’est inutile. Plus vous serez et plus vous influerez sur les décisions« .

C’est son avis par rapport au thème des journées d’étude, avec un rappel au désormais célèbre « Indignez-vous » de Stéphane Hessel : même si ce n’est pas facile, il faut tenter d’être des actrices et acteurs du changement, pour se rapprocher de la vision du monde que nous prônons.

Une centaine de personnes étaient présentes – parmi lesquelles cinq hommes. Il apparaît clairement que le public est plutôt âgé (combien de fois n’avons-nous pas entendu, en une petite demi-journée, parler du PSC au lieu du CDH !) et la question du renouvellement se pose inévitablement. Les organisatrices ont tout à fait conscience de cette évolution et ne manquent visiblement pas d’idées et d’énergie pour tenter d’opérer une transition dans la pérennité. Une collaboration va d’ailleurs très prochainement naître entre l’ACRF Femmes en Milieu Rural et Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, sur le thème plus que d’actualité de la conciliation des temps de vie.

Au-delà de cette incertitude face à l’avenir, l’ACRF reste un mouvement toujours très actif, touchant un nombre élevé de femmes à travers la Wallonie, proposant de multiples activités et géré par une équipe dynamique. Si son public vieillit progressivement, il n’en est pas moins en demande de rencontres et d’apprentissages, autrement dit d’éducation permanente. L’ACRF ne cesse donc de remplir sa mission, comme en témoigne cette participante : « Encore ce matin, j’ai l’impression d’avoir reçu une bonne formation. J’ai appris beaucoup de choses, ça stimule l’esprit. Avec l’âge, comme d’autres, je ne suis plus très active mais on veut rester dans une dynamique. Ce genre de moment est important pour continuer à s’éduquer« .

Nul doute que ces deux journées se sont poursuivies de la même manière.

 

Actualité Violences faites aux femmes

Enquête : « Violences envers les femmes, comment en finir ? »

CONSULTATION CITOYENNE