Actualité Compte-rendu Stéréotypes

Enquête de l’IWEPS : les stéréotypes de genre ont la peau dure chez les wallon-ne-s

Pour la 5ème année consécutive, l’IWEPS a publié en 2016 son enquête phare, le Baromètre social de la Wallonie, et en a profité pour débuter des modules spécifiques dont la première thématique porte sur les discriminations, avec un premier focus consacré au genre.

Si les résultats ne nous paraissent forcément pas étonnants, cette enquête, réalisée auprès de 1410 individus de 18 ans et plus, objective toute une série de constats sur l’importance et surtout la ténacité des discriminations et stéréotypes liés au genre dans notre société, et n’est pas sans révéler quelques contradictions dans les opinions des Wallon-ne-s… Voici quelques enseignements tirés du dossier de l’IWEPS, disponible ici : http://www.iweps.be/sites/default/files/bsw2016_dossier_de_presse_final.pdf#page=13

 

Tout d’abord, d’un point de vue global, les Wallon-ne-s considèrent à :

              91% que l’égalité des droits entre femmes et hommes est « une caractéristique essentielle dans une démocratie », mais que les discriminations liées au sexe sont jugées « plutôt rares » (71%), apparaissant loin derrière les discriminations liées à l’origine ethnique ou à l’apparence physique.

Ces résultats correspondent à une moyenne européenne.

 

Ensuite, on constate une différence significative chez les répondants hommes et femmes :

              20% des femmes interrogées déclarent avoir subi une ou plusieurs discrimination(s) (le plus souvent liée à leur sexe) dans les 12 derniers mois, contre 12% des hommes (le plus souvent à cause de leur origine ethnique ou de leur âge).

              11% des hommes ne se sentent pas traités de façon égale par rapport au sexe opposé, contre 18% des femmes.

De plus,

              48% des wallon-ne-s disent avoir été témoins de « propos à connotation sexuelle » ;

              34% ont été témoins d’une « situation où la carrière professionnelle d’une femme était freinée parce qu’elle avait des enfants » ;

              et 22% ont été témoins d’une situation où « la femme ne retrouve pas son emploi ou un emploi similaire à son retour de congé de maternité ».

Beaucoup d’hommes se retrouvent dans ces pourcentages, bien que les femmes se disent statiquement davantage témoins de discriminations liées à leur parentalité ou leur vie familiale que les hommes.

 

Enfin, les auteurs de l’enquête relèvent également l’important poids des stéréotypes dans les mentalités, renvoyant très justement le cadre légal à « une condition nécessaire, jamais suffisante ». Ainsi :

              83% des Wallon-ne-s estiment « qu’avoir un emploi est la meilleure façon pour une femme d’être indépendante ».

Cependant, dans le même temps :

              38% considèrent que « pour une femme, la vie professionnelle doit être moins importante que la famille » ;

              58% estiment que la vie de famille souffre d’une femme travaillant à temps plein ;

              22% déclarent que la carrière d’un homme passe avant celle de sa femme ;

              39% considèrent que la priorité doit être donnée aux hommes si les emplois deviennent rares ;

              et 54% pensent que « les femmes savent mieux s’occuper des enfants et des personnes âgées ».

Autrement dit, si les Wallon-ne-s sont très majoritairement favorables à l’égalité entre les femmes et les hommes, et estiment que les unes sont aussi compétentes professionnellement que les autres, ils et elles n’en considèrent pas moins que les femmes restent les plus « naturellement » à même de s’occuper des enfants, de la famille, légitimant ainsi une série de situations inégalitaires sur le marché de l’emploi et dans la sphère privée.

Pour conclure, la précision est importante : les chiffres montrent que les femmes interrogées répercutent autant, voire plus que les hommes, les différents stéréotypes liés au genre !

 

Autant dire que la lutte contre les stéréotypes de genre est loin d’être gagnée, et qu’elle reste essentielle.

Merci à l’IWEPS pour son travail et la prise en compte de la dimension de genre dans ses analyses.

 

Actualité

Réactions au cours de philosophie « anti-avortement » à l’UCL

Le 14 mars, notre association reçoit, par une connaissance inscrite en 1er BAC Sciences politiques à l’UCL, des notes de leur cours de philosophie. Il s’agit d’un texte de 15 pages, présenté oralement au cours par Stéphane Mercier, chargé de cours invité (il remplace l’enseignante titulaire, en année sabbatique) et docteur en philosophie de l’UCL. Bien que de nombreux étudiants manifestent actuellement leur soutien à l’enseignant sur les réseaux sociaux, le cours a interpellé voire profondément choqué une partie de l’auditoire.

Le texte, intitulé « La philosophie pour la vie. Contre un prétendu « droit de choisir » l’avortement », est ouvertement orienté vers la présentation d’une position pro-life, destinée à « permettre le débat ».

Nous avons lu ce texte : son contenu ainsi que son prétendu ancrage « philosophique » nous ont scandalisé. Le temps de lire et de le partager auprès d’autres associations afin de réfléchir à une réaction, l’information est révélée sur les réseaux sociaux, le 21 mars, par une journaliste ayant également reçu le texte par un autre canal. Elle poste un extrait (lié à une comparaison douteuse avec le viol) en s’indignant et se demandant si le texte est bien réel.

Voyant l’ampleur que l’affaire peut prendre (la journaliste dénombre 18.000 abonnés sur son compte Twitter et la nouvelle va se répandre très vite), nous répondons sur Twitter que le texte est bien réel et que nous sommes occupés à travailler à une réaction. Cela explique que les médias nous ont rapidement sollicité pour intervenir, notamment dans les journaux télévisés.

L’UCL réagit rapidement à ce buzz médiatique du jour et communique une courte réaction, condamnant clairement les propos tenus dans le texte en question, réaffirmant leur soutien au droit à l’avortement, et signalant convoquer l’enseignant pour mieux comprendre le contexte et ses intentions.

 

L’affaire a pris beaucoup d’ampleur et les réactions s’enchaînent sur Internet, entre les personnes s’indignant de tels propos et celles hurlant à la censure et à une dictature de la bienpensance qui empêcherait le prof d’exprimer un avis n’allant pas dans le sens du « politiquement correct ». On parle assez peu du fait que ce n’est pas tant l’opinion qui choque mais le fait qu’elle soit proférée d’une telle façon dans le cadre d’un cours universitaire en philosophie, pour des étudiant-e-s de 1ère année.

Un journal parvient à joindre l’enseignant qui réaffirme ses propos et convictions, signalant avoir voulu pousser les élèves à réfléchir par eux-mêmes, à se forger une opinion grâce à une position qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre.

 

Notre réaction – construite grâce à la lecture du texte et de certaines notes de cours, ainsi que des enregistrements du cours oral, transmis par des étudiant-e-s – s’effectue à trois niveaux. À nos yeux, ceux-ci doivent absolument être pris en compte dans les débats sur cette affaire, trop vite réduite à une question de liberté d’expression.

 

1. Divergence d’opinions

 

L’auteur du texte est opposé à la pratique de l’avortement, pour différentes raisons, dont le droit à la vie du fœtus, qu’il considère comme un être humain. Nous ne partageons pas son opinion première car nous revendiquons le droit pour les femmes de disposer de leur propre corps et donc le droit de recourir à l’avortement. Actuellement, bien que le législateur reconnaisse la possibilité d’un recours à l’avortement sous certaines conditions, les associations féministes revendiquent par ailleurs une dépénalisation de l’IVG.

À ce niveau, nos opinions sont divergentes mais chacun-e a le droit à son opinion, et est par ailleurs libre d’estimer que la législation actuelle n’est pas satisfaisante. Toutes les parties sont également libres d’être en désaccord les unes avec les autres, de contester ou revendiquer une opinion.

 

2. Argumentation méprisante et culpabilisante

 

Dans le cas présent, nous n’acceptons pas et condamnons vivement la manière dont cette opinion est argumentée. Il ne s’agit pas seulement d’une opinion contraire à la nôtre. En effet, elle est formulée de façon méprisante, culpabilisante envers les femmes et comporte des arguments très douteux, voire scandaleux.

 

La prémisse avancée par l’enseignant est qu’« il est toujours moralement mauvais de tuer délibérément un innocent » (p. 3). Il considère le fœtus comme une personne à part entière et que la vie humaine commence au moment où le spermatozoïde haploïde rencontre l’ovocyte haploïde, formant une nouvelle entité unique : l’embryon diploïde. De ce fait (avec un raisonnement qui tient la route dans l’absolu), il estime donc que l’avortement est un « meurtre », consistant à « tuer délibérément une personne innocente » (p. 4), visiblement sans possibilité (selon lui) de nuancer cette qualification. En outre, « nier l’humanité de cet embryon […] relève du mensonge le plus grossier » (p. 6).

 

L’enseignant soutient régulièrement, oralement et/ou par écrit, que son objectif est de « permettre le débat », qu’il faut veiller « à ne pas culpabiliser les femmes » qui peuvent vivre des situations terriblement éprouvantes dans le cas d’une grossesse non désirée, et que l’interdiction du débat d’idées « est un procédé typiquement totalitaire » (p. 2). Pourtant, il semble éprouver des difficultés à suivre ses propres préceptes puisqu’il se montre clairement et régulièrement méprisant et culpabilisant envers les personnes développant des arguments contraires.

Par exemple, par une comparaison loufoque entre la viabilité d’un fœtus de douze semaines et sa propre viabilité s’il se retrouvait parachuté dans une jungle (!), il déclare qu’il « est important de comprendre à quel point l’argument soi-disant massue de la viabilité est ridicule et inopérant » (p. 5). D’autre part, il estime remarquable que « tant de gens ne voient pas à quelles monstrueuses absurdités les conduirait la logique de leur raisonnement, s’ils acceptaient d’être cohérent » (p. 7).

Enfin, l’enseignant estime qu’il est incontestablement mauvais de tuer un enfant, qu’il soit un embryon de quelques semaines ou âgé de cinq ans, et ce « dans tous les cas. Comme le viol » (p. 7). En effet, il va jusqu’à considérer que l’avortement est un acte « particulièrement abject », car il consiste à tuer un innocent sans défense, et qu’il est à ce titre « encore plus grave que le viol » (p. 8). Car oui, le viol est « immoral » et « détestable », mais « le meurtre délibéré d’un innocent est une chose encore plus condamnable moralement » (p. 8), et devrait donc l’être aussi juridiquement.

Dans l’enregistrement du cours oral, lors des questions et réponses qui ont suivi l’exposé ex cathedra, une étudiante se dit choquée de tels propos, ne comprenant pas qu’on puisse à ce point, et de cette manière, hiérarchiser les souffrances : « ne pensez-vous pas qu’une femme violée peut ressentir une immense souffrance, même si elle n’en est pas morte ? » Réponse de l’enseignant : « Mais au moins, elle est en vie ! Le fœtus n’a eu cette chance ». Autant dire que la réponse n’a guère semblé convaincre la personne ayant posé la question.

 

D’une manière générale, la place de la femme dans l’histoire est très minime. L’enseignant dit comprendre les souffrances dues à la grossesse non désirée, mais ne lui reconnaît visiblement que le droit d’être malheureuse. À l’argument que la femme a le droit de disposer de son propre corps, il répond : « D’abord, ce n’est pas votre corps, mais c’est quelqu’un dans votre corps » (p. 13) ; il y a certes « un lien privilégié » entre les deux, mais ils restent visiblement tout à fait distincts.

La législation est également peu abordée, si ce n’est indirectement en signalant, par exemple, qu’avec l’avortement, « le meurtre est permis chez nous […] et même remboursé par la mutuelle alors que le simple vol à la tire est condamné » (p. 8).

 

Abject, ridicule, monstrueux, totalitaire, mensonger, pire que le viol… Voilà les qualificatifs associés à celles et ceux qui, non pas soutiennent l’avortement comme une bonne solution voire un bon mode de contraception, mais soutiennent le droit des femmes à opter pour cette solution, sachant très bien que l’immense majorité des femmes ayant volontairement interrompu leur grossesse ont vécu un épisode extrêmement douloureux psychologiquement, voire physiquement, et que cette solution représentait pour elles la « moins pire ». Selon lui toutefois, la « très grande majorité des cas » d’avortement se feraient « par simple commodité » (p. 13).

C’est donc cela, permettre le débat et éviter d’être culpabilisant ?

 

3. Indigne d’un cours universitaire de philosophie

 

Après la divergence d’opinions et notre analyse d’une argumentation méprisante et culpabilisante, notre troisième niveau de réaction concerne le contexte, inacceptable à nos yeux, de la diffusion de cette prise de position et de cette argumentation scandaleuse. Est-il normal que ce texte soit présenté, qui plus est avec une telle méthode d’argumentation, au sein d’un « cours de philosophie » dispensé à des étudiant-e-s de 1ère année dans une université belge ?

Précisons également que, si ce cours est bien donné à des étudiant-e-s en 1ère année d’ingénieur civil, comme tenait visiblement l’UCL à le répéter, il est également dispensé auprès d’étudiant-e-s de 1ère année en sciences politiques, sciences humaines et sociologie-anthropologie. Est-ce comme cela que l’on forme à l’esprit critique ces futurs travailleurs, dont certains occuperont peut-être des postes à responsabilités, par exemple dans des cabinets ministériels ou des administrations dans le cas des politologues ? Est-ce vraiment de cette manière que l’on enseigne la philosophie à des étudiant-e-s de 18 ans ?

 

Dès le départ, et il le répète à plusieurs reprises dans le texte comme à l’oral ou dans la presse, l’enseignant signale qu’il va présenter un argument philosophique différent du discours ambiant sur l’avortement, et que cet argument n’est pas neutre. À sa manière, il dit vouloir faire entendre autre chose (son propre avis) aux étudiant-e-s pour favoriser le débat d’idées et sortir de la confiscation de celui-ci. En effet, il considère que les partisans du choix « anesthésient le débat » et que tout cela est bien regrettable. Pour l’instant, la démarche n’est pas banale mais l’analyse des enjeux entourant les discours dominants ainsi que le fait de relativiser la neutralité d’un enseignant apparaissent stimulant-e-s dans le cadre d’une formation à la philosophie.

Cependant, comme nous l’avons vu plus haut, ses intentions affichées ne sont guère respectées, puisqu’il déclare dans la foulée que son argumentaire « implique un rejet absolu de tout prétendu « droit » à l’avortement avec lequel on ne cesse de nous rebattre les oreilles » (p. 2). Il déclarait également dans son introduction que son argumentation allait « aider à réfléchir et tâcher de dégager la vérité sur une question grave » (p. 1). Comment peut-on qualifier de philosophique un tel raisonnement visant à « dégager la vérité », en présentant de manière clairement partisane une position tout en disqualifiant de manière très douteuse certains arguments d’une position contraire ?

Son raisonnement concernant le moment où l’on devient une personne à part entière (l’embryon diploïde) est cohérent et logique, bien que l’on puisse ne pas tout à fait le partager. De ce point de vue, on peut imaginer la tenue d’un débat d’idées puisqu’il est possible de lui opposer un autre raisonnement pouvant être également logique et cohérent. Néanmoins, il tient clairement son argumentation pour acquise, unique et définitive, éliminant comme par magie les arguments opposés.

En outre, il use et abuse de comparaisons étonnantes et érige des exemples, certes très plausibles, en preuves irréfutables de son raisonnement. Une jeune femme écrit une lettre ouverte à sa mère, la remerciant de l’avoir mise au monde malgré le viol dont elle est issue. Ce bonheur de vivre malgré les circonstances, voilà une preuve des méfaits de l’avortement ! Un professeur de biologie expose à ses étudiants, depuis trente ans, un embryon conservé de douze semaines ; une femme se présente un jour à lui pour le remercier : sa mère a assisté à son cours alors qu’elle était enceinte, et à la vue du fœtus, « elle a compris que c’était bien une personne humaine » (p. 14) et a donc décidé de ne pas avorter, contrairement à son idée première. Une nouvelle preuve de la dimension meurtrière de l’avortement ! Ce que l’enseignant oublie toutefois de souligner dans son exemple est que la femme en question, en décidant de garder l’enfant, a effectué…un choix.

 

Il nous apparaît étonnant que ce cours puisse se prétendre être un enseignement philosophique qui ouvre à la réflexion, au débat d’idées, à l’échange de points de vue. En se considérant comme le détenteur de la vérité (« J’ai longuement développé un argument simple qui établit de manière très claire et directe que l’avortement est le meurtre d’un être humain, d’une personne innocente », p. 9), en établissant des arguments très bancals (« je suis assez certain que […] je suis « non viable » dans un environnement comme la jungle », p. 5), ce chargé de cours se présente de façon étonnante comme enseignant des réflexions philosophiques.

Sa conclusion est d’ailleurs sans appel : « si jamais un seul de ceux qui n’avaient jamais sérieusement envisagé la question de la gravité de l’avortement, victimes d’une culture de mort qui nie la réalité du crime que constitue cet attentat contre la personne humaine, si jamais un seul de ceux qui prennent connaissance de cet argumentaire, après avoir réfléchi à tout ce qui vient d’être dit, renonce un jour à avorter, ou qu’il dissuade quelqu’un d’avorter, je me dis que mon travail a du sens » (p. 14).

 

*    *    *

 

De nombreuses questions restent dès lors sans véritable réponse. Comment peut-on prétendre qu’un tel cours représente un apprentissage de débat philosophique ? C’est aussi de cela qu’il s’agit : nous sommes dans une université, pas à une conférence présentant un point de vue sur l’avortement, ni au Grand Séminaire où ce docteur en philosophie intervient par ailleurs.

L’UCL peut difficilement contrôler les notes de tous les cours de toutes les facultés (et on pourrait aussi s’en estimer heureux), mais qui a décidé de nommer ce chargé de cours en remplacement de la professeure titulaire ? Par ailleurs, comment compte-t-il procéder à l’évaluation des étudiant-e-s ? Ceux-ci n’auraient-ils pas, à raison, à craindre de se voir sanctionnés lors de l’examen s’ils se disent en désaccord avec sa doctrine ? Comment cet enseignant peut-il évaluer quelqu’un qui tenterait de raisonner d’une manière différente, exprimant par là des avis ou raisonnements automatiquement « ridicules », « inopérants », « mensongers » ?

Quelle que soit la position de cet enseignant sur l’avortement, les autres professeurs de philosophie peuvent-ils cautionner ce type d’enseignement ? Tout discours, sans aucune exception, peut-il être prononcé dans un cours universitaire de philosophie, dans l’objectif de « faire réfléchir » ? L’université n’a-t-elle dès lors plus besoin d’hommes et de femmes disposant d’une formation solide, d’une expérience de recherche – l’enseignant concerné possède a priori un curriculum adéquat, mais il semble avant tout se reposer sur son opinion personnelle, sa liberté d’expression – et d’une rigueur scientifique ?

 

Au vu de l’ensemble de ces considérations, il nous semble bel et bien que cette affaire ne se limite absolument pas à des questions d’opinions, de liberté d’expression ou encore de censure. Un cours de philosophie où l’on discute de la question épineuse de l’avortement ? Très bien ! Où l’on discute de la morale, des opinions prétendues légitimes ou illégitimes, de la censure, de la difficulté pour certains de faire entendre leur voix parce qu’elle ne correspond pas aux normes en vigueur ? Parfait !

Sauf qu’ici, ce n’est pas le cas. Loin de là.

 

Actualité Communiqué officiel Europe

50 ans plus tard…

Les femmes actives gagnent toujours 21 % de moins que les hommes sur une base annuelle. Et ce, 50 ans après l’article 119 du Traité de Rome qui a pourtant consacré l’égalité salariale. Entre l’ « Equal Pay Day» et la Journée mondiale des droits des femmes, nous, organisations féminines réclamons le respect strict de la loi sur l’Ecart salarial et une vigilance renforcée contre les inégalités et discriminations.

Entre février et avril, un peu partout dans le monde, des organisations de femmes et de travailleuses « célèbrent » l’« Equal Pay Day » (Journée de l’égalité salariale), dont la date est calculée en fonction de l’écart salarial, variable d’un pays à l’autre (16 %, en moyenne en Europe). Jusque-là, c’est un peu comme si les femmes avaient travaillé « gratuitement » et commençaient seulement à être rémunérées.

Il est en outre important de faire la distinction entre l’écart sur la base des salaires horaires bruts moyens et celui sur la base des salaires annuels bruts moyens. Ainsi, selon le rapport 2016 sur l’écart salarial [1] :

  • L’écart salarial est de 8% sur une base horaire en Belgique. 47,4% seraient dus à des facteurs objectivement observés: secteur d’activité, type de contrat de travail, niveau d’éducation,… 52,6% de cet écart restent inexpliqués et peuvent être la conséquence d’une discrimination.
  • En salaire annuel, l’écart salarial est de 21%. Il résulte en particulier de la répartition inégale de la durée du travail entre hommes et femmes : le travail à temps partiel est beaucoup plus répandu chez les femmes (9% des hommes contre 44% des femmes[2]).

Cette réalité différente faisait pourtant écrire à Arnaud Dorsimont, assistant en économie à l’Université Saint-Louis à Bruxelles, le 9 janvier dernier, dans la rubrique Débats de La Libre Belgique, «les différences salariales sont souvent interprétées comme une discrimination sexiste, mais les données économiques montrent que d’autres éléments entrent en jeu. » Lesquelles ? « Les femmes investissent, de manière voulue ou subie, moins de temps sur le marché du travail, poursuivait Dorsimont. (…). Plus que la discrimination sexuelle arbitraire, ce sont ces différences d’investissement en capital humain qui expliquent pour partie les différences salariales entre hommes et femmes».

En cette Journée mondiale des femmes, nous organisations de femmes considérons ces propos maladroits et rappelons que la tendance continue à la réduction des écarts salariaux reste trop lente. Ainsi, l’écart salarial sur une base horaire a diminué ces dernières années de 11% (en 2008) à 8 %. Mais l’écart salarial en base annuelle stagne ou régresse encore plus lentement (23% en 2008). Cela témoigne d’une vision stéréotypée d’une société incapable de s’organiser de façon à donner aux hommes et aux femmes les mêmes chances d’exercer un job correspondant à leurs aspirations et compétences.

En premier lieu, les femmes subissent une double ségrégation sur le marché du travail. D’abord, la « ségrégation horizontale » : elles sont plus fréquemment occupées dans des professions moins valorisables, dans de plus petites entreprises, avec des conditions contractuelles plus précaires, etc.

Ensuite, les femmes subissent une « ségrégation verticale » : elles ont moins accès aux formations et aux promotions et donc aux fonctions de niveau supérieur : selon les bilans sociaux et rapports d’entreprises publiés par la Banque nationale de Belgique, les employeurs investissent 40 % de moins dans la formation des femmes.

Les écarts de salaires se creusent encore avec les avantages extralégaux[3] – voitures de fonction, pensions complémentaires, options sur actions,… – lesquels sont plutôt octroyés dans des secteurs majoritairement masculins. En englobant les avantages extra-salariaux dans le calcul, l’écart salarial sur une base annuelle atteint 27%[4].

La durée du travail, le temps partiel ont également une incidence importante sur l’écart salarial. D’une part, évidemment, parce que les travailleurs travaillent moins d’heures; d’autre part, parce que les emplois à temps partiel sont offerts dans des secteurs fortement féminisés (agences de voyage, restauration, activités immobilières, etc.) à salaires plus faibles. Soulignons également que les conditions de travail des femmes à temps partiel font appel à des régimes de flexibilité accrue de réforme en réforme [5], de non reconnaissance des heures supplémentaires et donc de refus des majorations de salaires qui vont de pair.

Enfin, il est à relever certaines caractéristiques personnelles. L’écart salarial sur une base horaire se creuse à partir de 35 ans, âge où le salaire des femmes commence à stagner. Le fait d’avoir des enfants influence négativement le salaire des femmes, alors que pour les hommes, le fait d’être en couple et père de famille influence positivement le salaire.

Tout ceci n’aurait-il rien à voir avec le sexisme ? Le monde du travail n’y échappe en tout cas pas. Selon le Baromètre social consacré à la discrimination liée au genre, réalisé en 2016 par l’IWEPS (Institut wallon de l’étude, la prospective et la statistique), près d’1 citoyen actif sur 2 déclare avoir été témoin un jour de blagues ou propos à connotation sexuelle et même encore un tiers, d’une situation où la carrière professionnelle d’une femme a été freinée parce qu’elle avait des enfants.

Conclusion de l’IWEPS : « certaines inégalités entre les femmes et les hommes reposent en réalité sur des représentations stéréotypées fortement ancrées chez certains citoyens ». Les nier ne permettra jamais de s’attaquer aux racines du problème ni de mettre en place les mesures qui s’imposent, du choix des études au développement des crèches, en passant par la lutte contre les discriminations. Ce qui nécessiterait, d’abord, le respect strict de la loi relative à la lutte contre l’écart salarial du 22 avril 2012 (modifiée le 13 juillet 2013) afin d’avoir une transparence totale sur la formation des salaires, voire la rédaction et la mise en place d’un véritable Plan d’action national de lutte contre l’écart salarial, porté par l’ensemble des niveaux de pouvoir, comme c’est le cas pour le Plan d’action national de lutte contre les violences faites aux femmes.

 

Dorothée Klein, présidente des femmes cdH, et Donatienne Portugaels, vice-présidente.

Magdeleine Willame, présidente du Conseil de l’Egalité des chances entre les hommes et les femmes

Reine Marcelis, présidente de Synergie Wallonie.

Daisy Herman, secrétaire générale de ACRF-Femmes en milieu rural.

Dominique Devos, présidente du Comité de liaison des femmes

Isabella Lenarduzzi, directrice de JUMP

Hafida Bachir, présidente de Vie féminine

Marcela de la Peña Valdivia, coordinatrice de la Marche mondiale de femmes (Belgique)

 

 

[1] Etabli annuellement par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH), le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale, le Bureau du Plan et le SPF Economie , chiffres 2013.

[2] Source : Statbel, »Enquête sur les forces de travail »pp .

[3] Voir Avis du Comité de liaison des Femmes sur l’Egalité de rémunérations entre hommes et femmes ; mai 2006

[4] Etude de SD Worx, citée dans “Les femmes ont très peu de voitures de société”, Le Soir, 25 juin 2015.

[5] Voir la loi sur le travail faisable et maniable récemment votée ( février 2017 )et l’avis 151 du Conseil de l’ Egalite entre les hommes et les femmes du 9 décembre 2016 (lien vers le site )

 

 

Actualité

Belle reconnaissance par l’ONU pour Marie-Anne Delahaut, lauréate 2016 du prix Anne-Marie Lizin – Théroigne de Méricourt

 

Nous sommes heureuses de vous annoncer que l’ONU Femmes a sélectionné et publié la déclaration proposée par l’Institut Destrée et de la Fondation Millennia2025 Femmes & Innovation pour la CSW61 :

http://www.unwomen.org/en/csw/csw61-2017/official-documents (#130).

 

Le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) publie le document suivant (E/CN.6/2017/NGO/130): 

 

Dans le cadre de la Soixante et unième session de la Commission de la condition de la femme qui se tiendra au Siège des Nations Unies à New York du 13 au 24 mars 2017 sur le thème prioritaire « L’autonomisation économique des femmes dans un monde du travail en pleine évolution », de la suite donnée à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes et à la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale intitulée « Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle », le Secrétaire général des Nations Unies a reçu la Déclaration présentée par l’Institut Jules-Destrée, organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif auprès du Conseil économique et social.

 

Déclaration : « Ensemble pour l’égalité » et « Millennia2025 Femmes pourl’innovation » (She4Innovation) pour le leadership économique des femmes » :

 

1. Mise en contexte avec l’ouvrage « Ensemble pour l’égalité ! » de Marie-Anne Delahaut, préfacé par Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO;

 

2. Groupe de travail international « Millennia2025 Femmes pour l’Innovation » (She4Innovation), créé en janvier 2016 avec Leena-Maija Laurén, relie quatre axes stratégiques de Millennia2025 et quatre Objectifs de Développement durable avec quatre mots clés : EducationEgalitéJustice, pour aboutir à une évidence, l’impérieuse nécessité du Leadership économique pour les femmes;

 

3. Invitation à participer à l’enquête prospective qui fait interagir les quatre mots clés;

 

4. Présentation de l’enquête et les liens utiles.

=> FR : http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=E/CN.6/2017/NGO/130&referer=http://www.unwomen.org/en/csw/csw61-2017/official-documents&Lang=F

 

Beaucoup parmi vous y ont déjà participé mais nous accueillons aussi de nombreux nouveaux membres : votre participation renforcera notre action et les résultats que nous publierons dans le cadre de la CSW61. Merci et bienvenue !

Actualité Europe

COMMUNIQUE À L’ATTENTION DES DÉPUTÉ-E-S EUROPÉEN-NE-S

Madame la Députée,

Monsieur le Député,

 

Nous avons été alertés, notamment par la COFACE, que le Parlement Européen sera appelé à voter, aujourd’hui 19 janvier 2017, sur ce rapport « European Pillar of Social Rights », abordant des problématiques essentielles sur la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, ainsi que sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Il apparaît que des amendements proposés viseraient à freiner l’adoption d’initiatives législatives, contrairement aux engagements en la matière pris par le Parlement en septembre dernier.

 

Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, parallèlement à d’autres organismes partageant nos valeurs, appelle les députés européens à poursuivre leurs engagements initiaux et à faire de la conciliation vie privée/vie professionnelle une véritable priorité des activités parlementaires européennes. Cette problématique doit absolument faire l’objet d’un engagement fort et cohérent, afin de peser réellement sur la qualité de vie des citoyen-ne-s européen-ne-s.

 

Notre association travaille depuis plusieurs années sur la promotion et la mise en œuvre de « politiques temporelles », visant à prendre en compte l’articulation des temps sociaux, des rythmes de vie des individus dans l’action publique. En d’autres termes, il s’agit de concilier la vie privée et la vie professionnelle en tenant compte de la complexité des temps de vie au quotidien (travail, famille, déplacements, loisirs, participation politique et citoyenne…), dont l’analyse révèle par ailleurs de lourdes inégalités de genre. Un rapport de recherche vient d’être publié par nos soins sur le sujet.

En outre, le Conseil de l’Europe a lui-même formulé une recommandation, en 2010, lors du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux. Il y est fait mention de la possibilité de voir émerger dans le futur un « droit au temps » pour les citoyens européens au sein de politiques transversales, et invitant les États membres à soutenir ces initiatives.

 

Tant la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle que l’égalité entre les femmes et les hommes constituent des enjeux essentiels pour les citoyen-ne-s européen-ne-s. Il est du devoir de nos élu-e-s d’agir le plus concrètement et fermement possible et de montrer à celles et ceux dont ils sont les représentant-e-s que l’Europe se soucie réellement de leur bien-être.

 

Reine Marcelis

Présidente

 

Communiqué envoyé le 19 janvier 2017 aux députés belges francophones

 

Actualité Politiques temporelles

C’est la rentrée ! Épisode 4/4 : nos projets pour 2017

Pour clôturer ces actualités de rentrée, il ne nous reste plus qu’à vous faire part de nos projets et objectifs pour cette nouvelle année 2017, qui sera plus que jamais consacrée aux politiques « temporelles », que nous promouvons ardemment depuis quelques temps déjà.

 

Tout d’abord, comme signalé en début de semaine, nous travaillons actuellement à la rédaction des Actes du colloque des Temporelles 2016 et les publierons dès que possible.

Plus tard dans ce premier semestre, nous envisageons de publier une brochure consacrée aux politiques temporelles, un document à destination du grand public donnant un aperçu direct et concret des possibilités offertes par ces politiques, tant dans l’amélioration de la qualité de vie des citoyen-ne-s que dans le travail sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

Rappelons également notre séminaire en partenariat avec le CFFB, le 21 février à Bruxelles. D’autres évènements/conférences pourraient bien suivre durant l’année !

 

Ensuite, nous allons prochainement relancer notre newsletter, avec des articles thématiques, des partages d’expérience de politiques locales, des compte-rendu, des statistiques, des références bibliographiques, des réactions à l’actu, des focus sur des universitaires…

Le temps et l’égalité F/H étant des thèmes transversaux, au même titre que la participation citoyenne et la cohésion sociale, nous aborderons aussi bien l’organisation du travail et la petite enfance que la mobilité, l’urbanisme, la vie nocturne, ou encore les rythmes scolaires et le numérique.

 

Enfin, et non des moindres, nous collaborerons le plus étroitement possible avec des villes et communes se lançant dans la démarche « temporelle » et la mise en œuvre de politiques concrètes. Nous débutons actuellement avec la Ville de Verviers et l’échevine Sophie Lambert, et espérons construire une expérience positive qui en appellera d’autres, afin que la prise en compte des temps de vie, dans une approche résolument féministe, devienne une réelle priorité politique transversale.

Nous sommes également en discussion avec plusieurs communes de la Région bruxelloise, affaire à suivre…

 

Une année 2017 que nous souhaitons belle et fructueuse pour chacun-e !

 

Actualité Agenda Politiques temporelles

C’est la rentrée ! Épisode 3/4 : Séminaire CFFB/SW le 21 février 2017 (Bruxelles)

 

Le mardi 21 février 2017, la Commission « Politiques et lois » du Conseil des Femmes Francophones de Belgique et Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes vous convient à un séminaire intitulé « Du temps pour tous et toutes, pour plus d’égalité femmes/hommes »

 

Dans le prolongement direct de notre colloque organisé en novembre dernier, ce séminaire abordera les questions d’articulation, de conciliation des temps de vie (travail, déplacements, loisirs, famille…), à l’échelon local, dans l’optique de tendre vers plus d’égalité sociale et d’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Trois temps sont prévus :

Tout d’abord, Esteban Martinez (ULB) et Valérie Lootvoet (Université des Femmes) présenteront les enjeux sociétaux par les politiques « temporelles » et les enjeux liés à la nécessité de veiller à la dimension de genre dans la mise en œuvre de ces politiques.

Ensuite, des échevin-e-s bruxellois-es viendront partager leurs bonnes pratiques de politiques locales en la matière et leurs positions par rapport à une prise en compte transversale du genre et de l’articulation des temps dans l’action publique. Adelheid Byttebier, échevine de l’Égalité des chances à Schaerbeek, sera présente. D’autres confirmations suivront très prochainement.

Enfin, nous enchaînerons avec le jeu des questions-réponses et une discussion avec la salle.

 

Retrouvez l’invitation ci-dessous. Le séminaire se tiendra le mardi 21 février 2017, de 12h à 14h, dans les locaux d’Amazone (rue du Méridien, 10 – 1210 Bruxelles).

 

Inscriptions : https://www.eventbrite.fr/e/billets-seminaire-du-temps-pour-toutes-pour-plus-degalite-femmeshommes-30244716762

Merci de partager !

 

Actualité Politiques temporelles

C’est la rentrée ! Épisode 2/4 : publication rapport de recherche

Suite au projet Alter Égales 2015, initié par Mme Isabelle Simonis, ministre des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes a obtenu un subside afin de se pencher concrètement sur les « politiques temporelles ». Nous avons aujourd’hui le plaisir de vous annoncer la publication de ce rapport de recherche sur notre site : http://synergie-wallonie.org/publications/

Il n’est pas aisé de décrire en quelques mots ce type de politiques, axé sur l’articulation des temps de vie, et dont nous faisons la promotion en tant que vecteur de l’égalité F/H, d’outil concret de gendermainstreaming. Sur notre site, à la même adresse, vous trouverez également un document de 3 pages synthétisant ces politiques temporelles et les objectifs de notre association au regard de celles-ci.

 

Quelques informations néanmoins pour illustrer notre démarche. L’articulation des temps est une préoccupation pour chaque individu. Or, hommes et femmes sont loin d’être égaux face à cela ! Notre étude et l’ensemble de notre démarche se basent sur ce simple constat, étayé par l’analyse de l’emploi du temps des Belges, grâce à la dernière enquête sur le sujet, parue en 2015.

De façon synthétique, en tenant compte des individus de toutes situations professionnelles et familiales à partir de 12 ans, il apparaît notamment que les hommes travaillent chaque semaine en moyenne 5h45 de plus (18h21) que les femmes (11h36), alors que celles-ci consacrent hebdomadairement 24h52 à la gestion de la vie domestique (tâches ménagères, soins et éducation des enfants), contre 15h18 pour la gent masculine.

Par-delà ces inégalités de genre (au travers de la persistance de normes considérant que le travail est davantage la sphère des hommes et le foyer celle des femmes), il s’avère que les répartitions des temps n’atteignent pas une forme d’équilibre. D’une part, si l’on se penche sur le travail « productif », prenant en compte le travail rémunéré mais également l’ensemble des tâches domestiques, les femmes sont en réalité plus « productives » que les hommes. D’autre part, on remarque que les hommes disposent de plus de 20% de temps de loisirs supplémentaire.

Les détails de l’enquête permettent d’approfondir ces inégalités en spécifiant les tranches d’âges ou encore les situations professionnelles, comme l’illustrent les tableaux suivants.

Premièrement, en consultant les chiffres consacrés au travail rémunéré, on constate que le temps de travail des femmes diminue par rapport à celui des hommes dès l’entrée sur le marché du travail, les écarts les plus importants étant marqués dans les catégories 25- 39 ans et 40-54 ans.

Ces périodes correspondent très souvent à la charge d’un ou de plusieurs enfants. Le tableau suivant montre que le temps accordé aux soins et à l’éducation des enfants connaît un pic durant une période similaire avec une disparité très marquée entre les femmes et les hommes, les premières consacrant à ces tâches un temps supplémentaire de 108% par rapport aux seconds.

Lorsque les deux parents ont une occupation professionnelle à plein temps (donc en enlevant une partie de l’échantillon, les adolescents et les personnes âgées), l’évolution au fil des catégories d’âges du temps consacré aux soins et à l’éducation des enfants est sensiblement similaire mais laisse entrevoir une constante dans les inégalités de temps consacré aux enfants.

La problématique des temps est donc non seulement un révélateur (mesurable, objectivable) des inégalités de genre, mais aussi un levier pour faire de ce thème une priorité dans une action publique à visée éminemment transversale.

 

 

Actualité Compte-rendu Politiques temporelles

C’est la rentrée ! Episode 1/4 : les « Temporelles 2016 »

Les 17 et 18 novembre dernier, nous organisions, en partenariat avec le réseau français Tempo Territorial, un colloque consacré aux « politiques temporelles », à l’égalité F/H et à leur implémentation en Belgique francophone.

Les politiques temporelles, nées en Italie et développées notamment dans plusieurs grandes villes de France, ont pour objectif d’améliorer la qualité de vie des citoyen-ne-s en prenant formellement et transversalement en compte les rythmes de vie, les temporalités, la conciliation/articulation des temps de vie dans l’action publique.

L’objectif de Synergie Wallonie est de diffuser cette vision en luttant contre les inégalités de genre (l’analyse de l’emploi du temps des femmes et des hommes révélant de nettes inégalités) et en en faisant un outil concret de gendermainstreaming.

 

Le colloque a rencontré un joli succès : 124 inscriptions pour les deux jours (une centaine d’inscrits par jour) avec 105 femmes et 19 hommes, 100 Belges et 24 Français, dont 26 intervenant-e-s – 21 femmes et 5 hommes – venu-e-s discuter, prendre position et/ou présenter leurs activités respectives. Nous remercions vivement toutes ces personnes pour leur partage et/ou leur présence à cet événement !

 

Avec les introductions de Dominique Royoux (président de Tempo Territorial), de Reine Marcelis et Baptiste Dethier (Synergie Wallonie), nous avons pu compter sur des interventions introductives de :

  • Dorothée Klein (représentante de M. Maxime Prévot, vice-président de la Région Wallonne, ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine, également en charge des droits des femmes) a notamment exposé les détails de la mise en œuvre du plan de gendermainstreaming par le ministre
  • Catherine Coutelle (députée à l’Assemblée Nationale, présidente de la Délégation aux Droits des Femmes et à l’Égalité des chances entre les hommes et les femmes) a, entre autres, évoqué les bienfaits des politiques temporelles et les inégalités de genre en termes de salaire, de temps de travail ou encore de congé parental

 

Animés par la journaliste Françoise Baré, trois panels se sont succédés :

 

  1. « Penser l’action publique »

 

  • Katja Krüger et Françoise Tyrant (Villes de Rennes) ont partagé l’expérience de 15 ans de leur ville dans les politiques temporelles et l’égalité F/H
  • Sophie Lambert (échevine à la Ville de Verviers) a présenté les ambitions de Verviers en tant que première ville en Belgique à se lancer dans la démarche « temporelle », en collaboration avec Synergie Wallonie
  • Cécile De Wandeler (Vie Féminine) a rappelé la nécessité de donner la possibilité aux femmes, les plus contraintes par les injonctions professionnelles et familiales, de prendre davantage le contrôle de leurs temps de vie
  • Delphine Chabbert (Ligue des Familles) a signalé que la question du temps constituait « un enjeu de santé publique », en témoigne l’augmentation des burnout professionnel et parental, nécessitant des politiques articulées
  • Bernard Fusulier (UCL) a insisté sur le besoin de transformer la société actuelle en une « société salariale multiactive permettant à chacun de construire son parcours de vie »

 

  1. « Cohésion sociale et participation citoyenne »

 

  • Laetitia Nolet (Forum Belge pour la Prévention et la Sécurité Urbaine) a évoqué l’importance pour les villes de développer une politique transversale du temps de la nuit, insistant notamment sur le sentiment d’insécurité des femmes
  • Stéphanie Scailquin (échevine à la Ville de Namur) a présenté son engagement pour l’égalité F/H dans les processus de rénovation de plusieurs quartiers namurois, dont la tenue de marches exploratoires
  • Françoise Bey (Ville de Strasbourg) a exposé son travail de lutte contre les stéréotypes, d’inclusion sociale des femmes éloignées de l’emploi et de mise en œuvre de la parité dans les conseils citoyens
  • Carine Jansen (Direction interdépartementale de la Cohésion sociale en Région Wallonne) a présenté une définition très pédagogique de la cohésion sociale et souligné toute l’importance du diagnostic initial dans l’action publique
  • Daisy Herman (ACRF Femmes en Milieu Rural) a rappelé que les difficultés temporelles rencontrées par les femmes en milieu rural sont identiques à celles en milieu urbain, les premières devant néanmoins supporter le poids de l’isolement
  • Claire Gavray (ULg) a constaté que le temps et le niveau local sont non seulement des révélateurs d’inégalités (sexuées) mais aussi des leviers, et que les réflexions sur le genre permettent de révéler des mécanismes de discriminations plus larges

 

  1. « Sphère professionnelle »

 

  • Lisa Lombardi (CoWallonia) a présenté les spécificités du coworking et les avantages produits aux utilisateurs d’un tel tiers-lieu en matière de réseau professionnel, de temps de transport ou encore de réduction de l’isolement social
  • Bénédicte Philippart de Foy (FAR Femmes Actives en Réseau) a insisté sur la nécessité de proposer aux femmes et aux filles, dès l’école, des modèles féminins pour leur montrer que la réussite professionnelle et entrepreneuriale est possible
  • Éric Schlutz et Marie Jacquin-Pavard (Strasbourg) ont expliqué les efforts de leur métropole dans la lutte contre les stéréotypes ainsi que dans la mise en œuvre du télétravail, jugé très positivement par les travailleurs et leurs responsables
  • Fabiola Frippiat (Fédération des Initiatives Locales pour l’Enfance) a fait part des difficultés pour les parents, et surtout les familles monoparentales, de trouver des milieux d’accueil adaptés, la conciliation étant rendue difficile par les contraintes professionnelles
  • Esteban Martinez (ULB) a rappelé que les déterminants d’une bonne articulation des temps proviennent de la sphère professionnelle et qu’il convient de « réhabiliter » politiquement la question du temps, en vue d’améliorer la qualité de la vie

 

Valérie Lootvoet (Université des Femmes), Agnès Marlier (Constructiv) et Isabelle Simonis (ministre des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles) ont malheureusement été contraintes d’annuler leur présence en dernière minute.

Afin de rentrer dans le détail de ces bien trop courts extraits des interventions de nos invités, les actes de ce colloque sont en cours d’élaboration et seront publiés dans les prochaines semaines. Pour plus d’informations, rendez-vous sur http://synergie-wallonie.org/temporelles-2016/ !

Et pour les photos, c’est par

Et plus d’actu dès demain 🙂

 

 

Actualité Harcèlement

Sexisme, sexisme, et…sexisme

Depuis quelques temps, des sites/blogs/pages Facebook se multiplient (principalement en France) pour diffuser des témoignages de comportements et remarques sexistes dans différents domaines. Vous en avez sûrement entendu parler mais je vous propose un petit aperçu d’ensemble et un « florilège » des témoignages postés. Comme dans le reportage d’hier soir sur France 5, c’est consternant, décapant, irritant, à la fois banal mais toujours inattendu, et beaucoup d’autres adjectifs encore.

 

 

Paye Ta Shnek : le plus connu et le plus ancien, qui a lancé les autres, recueillant des témoignages de remarques/comportements dans des espaces publics

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«Quand vous me regardez, je suis sûr que c’est liquide dans vos culottes.»
Clermont-Ferrand — place de Jaude. Parce qu’on a fait l’“erreur” de regarder ce garçon en le croisant

« Putain, toi j’aimerais bien te péter le trou.”
Lillebonne, Normandie — Je sortais du collège, j’avais 12 ans. Un homme passait par là.

 

Paye ton taf : témoignages de sexisme au travail

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“Et sinon, vous allez nous faire un bébé dans l’année?”
Paris — graphiste, premier entretien d’embauche. Je venais de finir mes études et de me me marier. J’ai été embauchée en CDD… Je suis partie quand j’ai vu que mon patron regardait des films pornos sur mon ordi le soir.

“Non, mais je serais pas contre une petite pipe en revanche.”
Le Plessis Robinson — un collègue dans le hall du service après-vente de notre boite, alors que j’allais me chercher un café au distributeur et que je lui en proposais un. Cadeau bonus: devant tous les clients, bien sûr.

 

Paye ta Robe : témoignages de sexisme en milieu judiciaire

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« Un directeur régional au téléphone: “ Bonjour je voudrais parler à un juriste.
Moi, jeune juriste : oui je suis juriste je peux vous aider?
Le DR : non, j’ai dit UN juriste
Moi, un brin cinglante : non effectivement je ne peux pas vous aider!” et j’ai raccroché! »

« Retour de congé maternité et rendez-vous client : “ha. Je vois que vous n’avez pas encore perdu tous vos kilos de grossesse. Ça va votre mari ? il ne dit rien ?” »

 

Paye Ta Blouse : témoignages de sexisme en milieu hospitalier

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« Tu sais bien ce qu’on dit : quand les moules apparaissent, c’est que le niveau baisse. »
Un chef de chirurgie aux internes.

« Oh vous savez, les femmes tout ce qu’elles veulent c’est s’occuper de leurs enfants et travailler à mi-temps. »
Mon maître de stage de médecine générale à un patient qui me demandait ce que je voulais faire comme spécialité.

 

Paye ton sport : témoignages de sexisme dans le sport

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« De toute manière, les garçons ont une plus grosse volonté que les filles à la course ! »
Les deux profs respectifs des filles et des garçons qui discutaient pendant qu’on courait

« Arrête de te plaindre et cours, c’est pas avec ces cuisses que tu vas te trouver un copain ! »
Le prof de sport, pendant un cours d’endurance particulièrement difficile. Les garçons ont ricané. J’étais déjà « la grosse » pour eux, si même les profs s’y mettaient, c’était encore plus drôle. J’étais en 4ème.

 

Paye ton journal : témoignages de sexisme dans le milieu du journalisme

« Ah mais nous on pensait que c’était un homme qui viendrait… » me lance le président d’une association alors que je suis censée le rencontrer à propos d’un événement sportif à venir.

« Si j’avais su que vous étiez si mignonne, je viendrais plus souvent à l’agence » s’exclame un correspondant que je rencontre pour la première fois sur un événement, après l’avoir eu plusieurs fois au téléphone.

[Entendu à la rédaction] À propos de l’affaire Denis Baupin : « Y’a des circonstances atténuantes. Quand tu rentres à la maison et que t’as Emmanuelle Cosse, tu comprends que le gars répond à des pulsions. »

 

Une série de remarques finalement interchangeables, avec souvent un rapport hiérarchique mais pas forcément : il s’agit surtout d’une question de pouvoir ou d’impression de pouvoir d’une personne sur une autre, en l’occurrence d’un homme sur une femme qui serait, comme par définition, inférieure. Donc, on peut lui dire ou faire ce qu’on veut. Et ça commence parfois très tôt, dès l’enfance…
Dans le reportage de France 5 sur le harcèlement sexuel, on entend ou on devine des comportements dégueulasses de policiers, de juges, d’avocats, etc. Dans les extraits ci-dessus, on voit que c’est pareil chez les journalistes, les médecins, les enseignants. Il y a un énorme boulot à faire dans la formation et la sensibilisation de ceux qui décident, dirigent, emploient, informent, éduquent, soignent…autant d’actions si essentielles…
Les médias s’y intéressent de plus en plus. La page Facebook Paye ton journal a été créée le 2 janvier ; moins de 24h plus tard, un article lui était consacré dans Libération, Le Monde, Les Inrocks, L’Express, LCI… Bien sûr, cela touche au milieu du journalisme, mais cela attire par ricochet l’attention sur les autres.
Espérons que cela incite encore les victimes à témoigner, même si la parole se libère dans un premier temps sur un blog, anonymement.

 

Et un p’tit dernier (du classique) pour la route, c’est pour moi, c’est cadeau :

sans-titre

 

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