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Actualité Stéréotypes

L’écriture inclusive : une évolution qui dérange les normes patriarcales

 

L’expression « le masculin l’emporte toujours » est menacée, depuis quelques temps, par une proposition d’évolution de la langue française pas toujours vue d’un très bon œil : l’écriture inclusive. De plus en plus usitée dans les milieux féministes, voire dans d’autres cercles (l’UCL vient, par exemple, de la généraliser officiellement), elle vient de faire l’actualité en France suite à la décision des Éditions Hatier de l’employer dans l’un de ses manuels scolaires à destination d’élèves de huit ans.

Tollé dans les chaumières, à l’Académie française, chez les philosophes de la décence et du bon goût (Finkielkraut, Enthoven) et, bien sûr, sur les réseaux sociaux. Les féministes n’ont-elles pas mieux à faire que s’attaquer à notre belle langue si riche ? Ne pense-t-on donc pas à nos enfants, qui peinent déjà dans leur apprentissage scolaire ? Et puis surtout, à quoi ressemblerait les chefs-d’œuvre de Baudelaire ou de Victor Hugo, défigurés par une telle infamie ? Juste ciel, nous sommes foutus, c’est la décadence de notre civilisation.

« L’écriture inclusive désigne l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes »[1]. Il s’agit, entre autres, d’accorder les noms de fonction ou de métier selon le genre (une directrice, une professeure…), mais aussi d’utiliser à la fois du masculin et du féminin : par exemple, « ils et elles font », « les actrices et les acteurs jouent la comédie », etc.

Sur ce point, la proposition la plus polémique est l’utilisation du « point milieu » pour garantir cette représentation égale sans multiplier les mots : « chacun·e », « tou·te·s », « les professeur·e·s » ou encore « les acteur·trice·s ». Un style nouveau qui bouscule nos habitudes et pose a priori des questions tout à fait légitimes sur la lisibilité et la complexité du langage.

 

Cependant, il est amusant de constater à quel point cette proposition d’évolution semble faire peur à ses détracteurs – qu’on les appelle réactionnaires, conservateurs, peu importe –, dont les arguments peinent souvent à tenir la distance.

Premièrement, il est évident que l’écriture inclusive implique un effort d’adaptation. Mais quand on sait le pouvoir du langage, le poids des stéréotypes et l’importance de la communication orale et écrite dans la société, n’est-ce pas un véritable réflexe « patriarcal » que de refuser de réaliser cet effort ? Les gens sont plus prompts à râler sur l’évolution de la langue que sur l’inégalité salariale, qu’ils jugent pourtant « plus importante » pour l’égalité des sexes. Agir sur la langue française est une modification profonde, destinée à influencer les mentalités et à diminuer les stéréotypes de genre. Bien entendu, cela demande moins d’effort d’applaudir l’Arabie Saoudite qui autorise les femmes à conduire une voiture – ça, c’est du féminisme !

Deuxièmement, vu les réactions des adultes, on se dit qu’il est plus prudent de commencer dès maintenant à apprendre l’écriture inclusive aux enfants, qui se familiariseront bien plus rapidement que leurs aînés à l’utilisation du point milieu. L’apprentissage de nouvelles règles dans la scolarité n’est forcément pas anodin mais les personnes hurlant à la complexité de cette forme d’écriture – pour les pauvres enfants qui ont déjà tant de difficultés à lire… – sont généralement les mêmes qui s’accrochent becs et ongles à des règles grammaticales et orthographiques sans queue ni tête[2]. Tiens, les « progressistes » proposeraient-ils autre chose que du nivellement par le bas ?

Troisièmement, les opposants montent au créneau en citant fièrement Baudelaire, Victor Hugo ou La Fontaine : avec l’écriture inclusive, ce serait tout bonnement illisible ! Pas faux. Néanmoins, on rappelle que Rabelais a écrit en ancien français, que Shakespeare a rédigé en anglais – du coup, on l’a traduit en français ! Quelle hérésie, non ? – et que les Saintes Écritures ont été écrites et réécrites, on ne sait pas tout à fait par qui et on ne sait pas tout à fait quand, en hébreu, en grec ou en latin. Les traductions ont toujours existé, les nouvelles éditions de textes anciens sont régulières et l’accès aux textes originaux reste tout aussi fondamental.

 

Dans le futur, Les Misérables pourrait potentiellement être réécrit pour correspondre à de nouveaux standards langagiers, et/ou figurer dans sa version originale…agrémentée d’explications sur ce drôle de style dans lequel « le masculin l’emporte ». Car oui, dans quelques décennies, les générations futures se demanderont peut-être pourquoi leurs ancêtres écrivaient surtout au masculin.

Et d’ailleurs, vous vous souvenez quand on payait encore en francs ? Le passage à l’euro a nécessité un temps d’adaptation, et deux prix se sont longtemps côtoyés sur les étiquettes. Certaines personnes opèrent encore la conversion dans leur tête et cela fait parfois sourire les jeunes générations. Comme quoi…[3]

 

[1] http://www.ecriture-inclusive.fr.

[2] Un dossier était consacré à l’orthographe dans le Moustique du 20 septembre 2017 (n° 4782). Michel Francard, linguiste à l’UCL, y tenait les propos suivants : « On peut aujourd’hui invoquer l’histoire de la langue pour garder des difficultés orthographiques, mais il faut le faire avec distance. Ces difficultés sont souvent le résultat de décisions assez élitistes et qui ont évolué. Toute l’histoire de l’orthographe est truffée d’erreurs ou de décisions arbitraires » (p. 23).

[3] Cette opinion s’adressant avant tout aux personnes sceptiques quant à l’écriture inclusive, les règles de cette dernière n’ont pas été d’application dans ce texte, afin de les ménager.

 

Baptiste Dethier

 

Actualité Compte-rendu

« Le sexisme dans l’espace public », l’étude de Vie Féminine

 

Vie Féminine présentait ce mardi 26 septembre, à Charleroi, les résultats de son étude sur le sexisme dans l’espace public.

Le sexisme est évidemment travaillé régulièrement par Vie Féminine et un ras-le-bol s’est clairement manifesté – « le sexisme y’en a marre ! » –, suivi par une volonté d’action concrète. Un appel à témoignages a dès lors été lancé, de janvier à mars 2017, permettant de recueillir les réponses de 400 femmes de Wallonie et Bruxelles.

Le questionnaire a été diffusé en ligne mais aussi en version papier, grâce à un travail de terrain et de proximité des intervenantes de Vie Féminine. La version papier a ainsi été très prisée dans la région de Charleroi, notamment auprès d’un milieu plus précarisé.

Une majorité de répondantes se situe dans la tranche 18-35 ans.

 

Le sexisme dans l’espace public n’est pas qu’une question d’interactions uniques entre un auteur et une victime. C’est un ensemble de comportements et de stéréotypes s’intégrant dans une société patriarcale où règnent trop souvent les rapports de domination entre les sexes et l’ignorance volontaire du consentement.

Plusieurs femmes se lèvent tour à tour dans l’assemblée pour donner des extraits (parfois très glauques) des témoignages recueillis. On a beau savoir que cela existe, cela fait toujours froid dans le dos.

 

Le premier chiffre dévoilé est sans appel : 98% des femmes interrogées déclarent avoir vécu des situations de sexisme dans l’espace public. Et il ne s’agit pas que d’évènements isolés, que d’une mauvaise expérience que l’on vit par hasard une fois dans une vie, car plus de la moitié d’entre elles considèrent que ces situations sont régulières !

C’est le constat majeur de l’étude, sur lequel il ne faut cesser d’insister : le sexisme est partout, tout le temps et sous toutes les formes. Le phénomène est classé en quatre catégories :

Cette étude, comme on le voit régulièrement sur Internet avec la multiplication de blogs spécifiques, met en lumière le besoin pour les femmes d’avoir un espace où en parler, où partager des expériences parfois très traumatisantes et être entendues. Les répondantes ont d’ailleurs été particulièrement loquaces, n’hésitant pas à déborder les cadres de réponse pour déposer ce qu’elles avaient dans la tête et sur le cœur.

Sexisme en rue ou dans les TEC : 67%.

Comment ces personnes se sont-elles principalement senties après avoir été victimes de ces situations de sexisme ?

Ces chiffres sont particulièrement interpellants dans la mesure où ils traduisent des conséquences à moyen voire à long terme. Il ne s’agit pas seulement d’un inconfort momentané mais de sentiments négatifs permanents qui nuisent au bien-être et peuvent entraîner un repli sur soi et des stratégies d’évitement.

 

74% des répondantes ont déclaré avoir parlé de l’agression vécue à une personne de leur entourage. C’est assez positif mais 26% de personnes qui gardent pour elles une expérience de ce type reste un pourcentage non négligeable. Ensuite, les réactions des personnes à qui ces femmes se sont confiées diffèrent : alors que 73% font preuve d’un soutien et/ou d’une colère partagée, 21% banalisent l’expérience vécue (« ce n’est pas si grave », « c’est passé, tu es vivante, n’y penses plus » et 6% vont jusqu’à une réaction de culpabilisation (« mais tu as vu comme tu étais habillée aussi ? », « tu l’as peut-être regardé d’une certaine façon, il a cru que… »).

Seulement 3% des répondantes sont allées plus loin en portant plainte, utilisant ainsi la loi de 2014 contre le sexisme dans l’espace public. 48% seulement ont déclaré connaître l’existence de cette loi. Selon Laetitia Genin, coordinatrice nationale de Vie Féminine, cette loi représente un signal fort, nécessaire mais insuffisant : il faudrait davantage informer de son existence, faciliter ses conditions de mise en application (accueil de la plainte, par exemple) et encourager plus vivement son utilisation.

 

Au-delà de l’objectivation bienvenue du phénomène, Vie Féminine insiste sur l’importance d’un véritable travail articulé, qui s’attarde à la fois sur l’éducation des filles et garçons, sur l’accueil et l’accompagnement respectueux des victimes, sur les outils juridiques favorables aux femmes et sur leur visibilité.

Le rapport complet sera disponible début octobre et Vie Féminine propose également de poursuivre le travail mené le 24/10, à Charleroi, avec un workshop sur le sexisme dans l’espace public.

 

Le public était présent en nombre dans la belle brasserie carolo de l’Eden. Outre le secteur associatif, on notait la présence de responsables politiques, de journalistes, de membres des secteurs de la police et de la justice, des participantes à l’enquête, des membres d’organisations syndicales, etc. Un beau succès, bien relayé dans les médias.

Nous avons comptabilisé 79 personnes présentes dans la salle, 65 femmes et 14 hommes. Fait amusant pour l’anecdote : sur les 17 interventions du public, 7 hommes ont pris la parole. Un pourcentage de présence de 17,7% pour ensuite passer à un taux de prise de parole de 41,2%. Un autre phénomène qui illustre toujours – sans juger aucunement la qualité de interventions de ces messieurs, que du contraire – une forme de déséquilibre au sein du débat public…

 

EDIT : l’étude finale est désormais publiée et disponible ici.

 

Baptiste Dethier

 

Actualité Compte-rendu

Compte-rendu: Journées d’étude de l’ACRF Femmes en Milieu Rural

Ces 11 et 12 septembre 2017, le mouvement ACRF Femmes en Milieu Rural se réunissait sur le thème : Droit dans le mur…à moins que ?

Pour Daisy Herman, secrétaire générale, ce titre peut paraître pessimiste mais c’est sa deuxième partie qui est à souligner, désignant une volonté optimiste de se questionner, de continuer à développer un esprit critique sur l’engagement à réaliser dans la société de 2017.

Les deux journées étaient divisées en quatre thèmes :

  • Belgique
  • Europe
  • Presse/médias
  • Education permanente

 

Nous n’avons pu assister qu’à la première matinée, structurée autour d’un exposé de Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège (d’ailleurs, ne dites plus « ULg », mais « ULiège » !) et fin connaisseur de la politique belge. Son intervention, intitulée « Belgique : quelle responsabilité pour le citoyen ? », a brossé pendant plus d’une heure, sans compter les échanges qui ont suivi, un panorama de notre système politique aux multiples facettes.

 

La place du citoyen dans la décision politique a beaucoup évolué depuis la création de la Belgique en 1830. Nous sommes passé·e·s d’un parlementarisme élitiste (seuls 2% de la population avaient accès au vote) à une démocratie de partis. Les partis représentaient les citoyen·ne·s (tou·te·s ont été progressivement inclus·es) et formaient de grands blocs. Depuis 20 à 30 ans environ, la démocratie de partis a fait place à une « démocratie du public ».

Autrement dit, il ne s’agit plus tant d’une question de programme mais plutôt de notoriété : les sondages ont pris une importance cruciale dans la politique, faisant et défaisant des coalitions, alimentant les stratégies ou encore offrant aux citoyen·ne·s, grâce aux médias, un aperçu des opinions de leurs semblables. Cela participe d’une individualisation de la société, tant dans son respect des opinions légitimes de chacun·e que dans le morcellement de la mobilisation citoyenne.

Le point d’orgue de l’exposé concernait les formes de participation citoyenne. Les citoyen·ne·s peuvent participer à la délibération (panels, comités de quartier…) et à la prise de décision (consultations populaires, référendums) mais ces deux formes n’offrent pas toujours suffisamment de satisfaction : ce sont toujours les mêmes qui participent, les choix de la population ne sont pas toujours suivis, etc.

Une voie alternative est visible dans le travail que mènent les associations et mouvements d’éducation permanente : s’informer, discuter, construire une opinion, poser un regard critique sur les intérêts en jeu, prendre parti dans les intérêts en jeu et enfin peser sur la décision. L’engagement associatif est parfois décourageant parce qu’il semble loin du pouvoir politique, de la prise de décision. L’intérêt du secteur associatif est donc de solidifier un collectif, de se rassembler pour construire une vision du monde, de la société, et de peser sur les personnes et les institutions qui détiennent les responsabilités politiques.

Il ne faut pas minimiser ce pouvoir d’influence. Les hommes et les femmes politiques sont à l’écoute des revendications des individus et des associations. Le message de Pierre Verjans est clair : « Nous aurons des élections en 2018 et 2019 : envoyez vos revendications ! Faites-le, ne vous dites pas que c’est inutile. Plus vous serez et plus vous influerez sur les décisions« .

C’est son avis par rapport au thème des journées d’étude, avec un rappel au désormais célèbre « Indignez-vous » de Stéphane Hessel : même si ce n’est pas facile, il faut tenter d’être des actrices et acteurs du changement, pour se rapprocher de la vision du monde que nous prônons.

Une centaine de personnes étaient présentes – parmi lesquelles cinq hommes. Il apparaît clairement que le public est plutôt âgé (combien de fois n’avons-nous pas entendu, en une petite demi-journée, parler du PSC au lieu du CDH !) et la question du renouvellement se pose inévitablement. Les organisatrices ont tout à fait conscience de cette évolution et ne manquent visiblement pas d’idées et d’énergie pour tenter d’opérer une transition dans la pérennité. Une collaboration va d’ailleurs très prochainement naître entre l’ACRF Femmes en Milieu Rural et Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, sur le thème plus que d’actualité de la conciliation des temps de vie.

Au-delà de cette incertitude face à l’avenir, l’ACRF reste un mouvement toujours très actif, touchant un nombre élevé de femmes à travers la Wallonie, proposant de multiples activités et géré par une équipe dynamique. Si son public vieillit progressivement, il n’en est pas moins en demande de rencontres et d’apprentissages, autrement dit d’éducation permanente. L’ACRF ne cesse donc de remplir sa mission, comme en témoigne cette participante : « Encore ce matin, j’ai l’impression d’avoir reçu une bonne formation. J’ai appris beaucoup de choses, ça stimule l’esprit. Avec l’âge, comme d’autres, je ne suis plus très active mais on veut rester dans une dynamique. Ce genre de moment est important pour continuer à s’éduquer« .

Nul doute que ces deux journées se sont poursuivies de la même manière.

 

Actualité Violences faites aux femmes

Enquête : « Violences envers les femmes, comment en finir ? »

CONSULTATION CITOYENNE