Compte-rendu: Journées d’étude de l’ACRF Femmes en Milieu Rural

Ces 11 et 12 septembre 2017, le mouvement ACRF Femmes en Milieu Rural se réunissait sur le thème : Droit dans le mur…à moins que ?

Pour Daisy Herman, secrétaire générale, ce titre peut paraître pessimiste mais c’est sa deuxième partie qui est à souligner, désignant une volonté optimiste de se questionner, de continuer à développer un esprit critique sur l’engagement à réaliser dans la société de 2017.

Les deux journées étaient divisées en quatre thèmes :

  • Belgique
  • Europe
  • Presse/médias
  • Education permanente

 

Nous n’avons pu assister qu’à la première matinée, structurée autour d’un exposé de Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège (d’ailleurs, ne dites plus « ULg », mais « ULiège » !) et fin connaisseur de la politique belge. Son intervention, intitulée « Belgique : quelle responsabilité pour le citoyen ? », a brossé pendant plus d’une heure, sans compter les échanges qui ont suivi, un panorama de notre système politique aux multiples facettes.

 

La place du citoyen dans la décision politique a beaucoup évolué depuis la création de la Belgique en 1830. Nous sommes passé·e·s d’un parlementarisme élitiste (seuls 2% de la population avaient accès au vote) à une démocratie de partis. Les partis représentaient les citoyen·ne·s (tou·te·s ont été progressivement inclus·es) et formaient de grands blocs. Depuis 20 à 30 ans environ, la démocratie de partis a fait place à une « démocratie du public ».

Autrement dit, il ne s’agit plus tant d’une question de programme mais plutôt de notoriété : les sondages ont pris une importance cruciale dans la politique, faisant et défaisant des coalitions, alimentant les stratégies ou encore offrant aux citoyen·ne·s, grâce aux médias, un aperçu des opinions de leurs semblables. Cela participe d’une individualisation de la société, tant dans son respect des opinions légitimes de chacun·e que dans le morcellement de la mobilisation citoyenne.

Le point d’orgue de l’exposé concernait les formes de participation citoyenne. Les citoyen·ne·s peuvent participer à la délibération (panels, comités de quartier…) et à la prise de décision (consultations populaires, référendums) mais ces deux formes n’offrent pas toujours suffisamment de satisfaction : ce sont toujours les mêmes qui participent, les choix de la population ne sont pas toujours suivis, etc.

Une voie alternative est visible dans le travail que mènent les associations et mouvements d’éducation permanente : s’informer, discuter, construire une opinion, poser un regard critique sur les intérêts en jeu, prendre parti dans les intérêts en jeu et enfin peser sur la décision. L’engagement associatif est parfois décourageant parce qu’il semble loin du pouvoir politique, de la prise de décision. L’intérêt du secteur associatif est donc de solidifier un collectif, de se rassembler pour construire une vision du monde, de la société, et de peser sur les personnes et les institutions qui détiennent les responsabilités politiques.

Il ne faut pas minimiser ce pouvoir d’influence. Les hommes et les femmes politiques sont à l’écoute des revendications des individus et des associations. Le message de Pierre Verjans est clair : « Nous aurons des élections en 2018 et 2019 : envoyez vos revendications ! Faites-le, ne vous dites pas que c’est inutile. Plus vous serez et plus vous influerez sur les décisions« .

C’est son avis par rapport au thème des journées d’étude, avec un rappel au désormais célèbre « Indignez-vous » de Stéphane Hessel : même si ce n’est pas facile, il faut tenter d’être des actrices et acteurs du changement, pour se rapprocher de la vision du monde que nous prônons.

Une centaine de personnes étaient présentes – parmi lesquelles cinq hommes. Il apparaît clairement que le public est plutôt âgé (combien de fois n’avons-nous pas entendu, en une petite demi-journée, parler du PSC au lieu du CDH !) et la question du renouvellement se pose inévitablement. Les organisatrices ont tout à fait conscience de cette évolution et ne manquent visiblement pas d’idées et d’énergie pour tenter d’opérer une transition dans la pérennité. Une collaboration va d’ailleurs très prochainement naître entre l’ACRF Femmes en Milieu Rural et Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, sur le thème plus que d’actualité de la conciliation des temps de vie.

Au-delà de cette incertitude face à l’avenir, l’ACRF reste un mouvement toujours très actif, touchant un nombre élevé de femmes à travers la Wallonie, proposant de multiples activités et géré par une équipe dynamique. Si son public vieillit progressivement, il n’en est pas moins en demande de rencontres et d’apprentissages, autrement dit d’éducation permanente. L’ACRF ne cesse donc de remplir sa mission, comme en témoigne cette participante : « Encore ce matin, j’ai l’impression d’avoir reçu une bonne formation. J’ai appris beaucoup de choses, ça stimule l’esprit. Avec l’âge, comme d’autres, je ne suis plus très active mais on veut rester dans une dynamique. Ce genre de moment est important pour continuer à s’éduquer« .

Nul doute que ces deux journées se sont poursuivies de la même manière.

 

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